Rue Magendie, un portail monumental dissimule l’un des ensembles religieux les plus précieux de Bordeaux. Fondé au début du XVIe siècle, le couvent des Annonciades a traversé la Révolution, accueilli la Maison de la Miséricorde puis les services de l’État. Son cloître Renaissance, sa chapelle et ses sculptures composent un patrimoine exceptionnel, généralement invisible derrière ses hauts murs.

Un couvent de femmes fondé en 1520
L’histoire débute avec Jacquette Andron de Lansac, qui fait venir à Bordeaux sept religieuses de l’ordre de l’Annonciade depuis Albi. Le chantier est lancé en 1520 et la chapelle bénie dès l’année suivante. La fondatrice mobilise des moyens importants, complétés notamment par une donation de Pierre Eyquem, père de Michel de Montaigne. Cet ancrage fait du lieu un témoin rare de la Renaissance religieuse en Aquitaine.
La construction se poursuit pendant plusieurs décennies. Mathurin Galoppin puis Guillaume Médion participent aux travaux, tandis que la chapelle reçoit des voûtes, des clés armoriées et un décor sculpté. Au XVIIe siècle, un dortoir est ajouté contre le mur nord. Les campagnes successives ne détruisent pas l’unité générale : elles donnent au couvent la profondeur d’un bâtiment façonné par plusieurs générations.
Un cloître peuplé de créatures sculptées
Le cloître constitue l’un des points forts de l’ensemble. Ses longs côtés comptent huit arcades et les petits côtés six. Les chapiteaux, malgré l’érosion, laissent encore apparaître feuillages, dragons, lions fantastiques et figures inquiétantes. Cette profusion compose un livre de pierre où le sacré rencontre l’imaginaire médiéval.

La chapelle réserve d’autres découvertes. Ses consoles représentent les symboles des quatre évangélistes, tandis que les clés de voûte portent les armes des familles liées à la fondatrice. Une Mise au tombeau du Christ, datée des années 1526-1530, compte parmi les œuvres les plus précieuses conservées sur place. Elle souligne la qualité artistique d’un couvent qui n’était nullement secondaire.
Le portail visible depuis la rue Magendie appartient à une phase plus tardive. Daté de 1774, il adopte un plan en demi-lune et porte une niche avec une Vierge à l’Enfant. Il crée une transition majestueuse entre la rue et le calme de l’ancien enclos.
De la salpêtrière à la Direction des affaires culturelles
La Révolution met fin à la présence des Annonciades. Le site sert alors de salpêtrière avant d’être racheté en 1808 par la communauté de la Miséricorde. Celle-ci y accueille pendant plus d’un siècle des femmes en difficulté. Vendus en 1971, les bâtiments passent ensuite au ministère de la Justice, puis font l’objet d’une importante restauration.

Depuis 1995, l’ensemble abrite la Direction régionale des affaires culturelles. La restauration conduite avant cette installation associe pierre ancienne, métal, verre et bois. La notice officielle de la base POP détaille les parties classées ou inscrites : chapelle, cloître, portail et murs d’enceinte bénéficient de protections successives depuis 1974.
Le bâtiment n’est pas un musée ouvert quotidiennement. Des accès exceptionnels peuvent toutefois être proposés. La fiche de Bordeaux Tourisme consacrée au couvent de l’Annonciade permet de vérifier les informations disponibles avant toute démarche. Cette rareté renforce le sentiment de découvrir un Bordeaux caché.
À retenir : derrière une enceinte austère se trouve l’un des rares cloîtres Renaissance conservés dans la région. L’ensemble raconte cinq siècles d’usages sans cesser de remplir une fonction contemporaine. C’est précisément cette continuité, entre protection et adaptation, qui fait du couvent un monument vivant plutôt qu’un simple vestige. Avant de longer ses murs, on peut aussi observer leur implantation dans le quartier et imaginer l’étendue de l’ancien enclos, autrefois bien plus vaste.
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