ActuDécouvrirNewsVisiter

Fontaine Amédée-Larrieu : l’Art nouveau raconte le vin et le port de Bordeaux

À l’écart des places les plus touristiques, la fontaine Amédée-Larrieu compose l’un des décors les plus foisonnants de Bordeaux. Enfants vendangeurs, tritons, coquillages, barriques et figures marines y racontent les deux grandes richesses historiques de la ville : le vin et le port. Érigé au début du XXe siècle grâce au legs d’Eugène Larrieu, cet ensemble associe sculpture, architecture et ancien marché dans un remarquable esprit Art nouveau.

Vue du lieu à Bordeaux
Vue du monument bordelais présentée dans l’article, choisie en haute définition depuis la galerie encyclopédique consacrée à ce lieu – Crédit : Wikimedia Commons

Un legs pour honorer Amédée Larrieu

À sa mort, Eugène Larrieu laisse à la Ville une somme destinée à créer une fontaine en mémoire de son père Amédée, ancien préfet de la Gironde et député. Un concours est organisé. Les architectes Édouard Bauhain et Raymond Barbaud conçoivent la place et son marché, tandis que Raoul Verlet reçoit la partie sculptée. La notice Mérimée de la fontaine date l’ensemble de 1901. Le square est inauguré le 15 mai 1902.

La place triangulaire offre un cadre inhabituel. Le bâtiment de pierre et de poutrelles métalliques de l’ancien marché sert de toile de fond aux trois fontaines. Architecture et sculpture ont été pensées comme un seul décor urbain, et non comme des éléments ajoutés séparément. Cette unité explique la force du lieu, même après la disparition de l’activité marchande qui animait autrefois quotidiennement les abords.

Le nom de Larrieu unit le monument à l’histoire du vignoble puisque la famille fut également liée au château Haut-Brion. Cette relation donne une résonance supplémentaire aux enfants vendangeurs et aux pampres sculptés. Le décor n’est pas un catalogue abstrait de symboles : il traduit la mémoire d’un commanditaire, l’identité économique de Bordeaux et la fierté d’une époque. La fontaine devient à la fois hommage familial, œuvre publique et portrait allégorique de la ville. Son échelle intime renforce encore la proximité avec les habitants.

Vue du lieu à Bordeaux
Vue du monument bordelais présentée dans l’article, choisie en haute définition depuis la galerie encyclopédique consacrée à ce lieu – Crédit : Wikimedia Commons

La vigne rencontre l’océan

Sur la face principale, deux tritons et un dauphin soutiennent un immense coquillage escaladé par des enfants vendangeurs. Une nymphe domine la composition, entourée de pampres, d’animaux et de détails presque cachés. Tortue et escargots introduisent une note familière dans ce théâtre aquatique. La vigne bordelaise se mêle ici au vocabulaire de la mer, comme si les récoltes du vignoble prenaient déjà la route du port.

Au revers, le décor représente un quai avec ses anneaux d’amarrage. Une barque chargée de barriques, de sacs et de balances avance sur les vagues sous le regard d’une figure océanique. Les fontaines latérales prolongent ce bestiaire de nymphes, poissons, coquillages et mascarons. Raoul Verlet transforme l’économie bordelaise en mythologie. Le commerce et le vin deviennent un récit peuplé de corps, de plantes et de créatures marines.

L’ancien marché, les fontaines latérales et le groupe sculpté composent un ensemble Art nouveau conçu comme un véritable décor urbain. –

Un monument de quartier soigneusement protégé

L’ensemble est inscrit aux monuments historiques depuis 1975. Des restaurations ont permis de préserver la pierre et la lecture des sculptures, soumises à l’eau, aux intempéries et à la pollution. La présentation du réaménagement de la place par la Ville de Bordeaux décrit le rôle de ce petit espace apprécié des habitants. La fontaine reste d’abord un monument de proximité, lié aux bancs, aux arbres et à la vie du quartier.

Pour la découvrir, il faut faire le tour complet du monument. La façade principale attire naturellement, mais le revers portuaire et les fontaines secondaires réservent les détails les plus surprenants. Amédée-Larrieu mérite une observation lente. Loin des compositions classiques des Quinconces ou de la place de la Bourse, son imaginaire Art nouveau offre une vision vivante, presque narrative, de Bordeaux et des activités qui ont construit sa prospérité.

À lire aussi : Grosse Cloche de Bordeaux : l’ancien beffroi qui fait encore battre la ville

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page