Derrière une haute porte cochère du cours d’Albret, l’hôtel de Basquiat déploie une cour, deux ailes de communs et une demeure néoclassique tournée vers un jardin. Construit à la veille de la Révolution, il a accueilli pendant plus d’un siècle les recteurs de l’académie de Bordeaux. Propriété municipale récemment cédée, ce monument classé s’apprête désormais à combiner culture, restauration et activités tertiaires.

Un conseiller au Parlement choisit François Lhote
Joseph de Basquiat de Mugriet achète le terrain à l’archevêché en 1777. L’opération contribue au financement du nouveau palais épiscopal, l’actuel palais Rohan. Dès l’année suivante, le magistrat confie le chantier à François Lhote. Entre 1778 et 1781, l’architecte compose une demeure inspirée du néoclassicisme alors en vogue dans les résidences aristocratiques françaises.
Le bâtiment principal se place au fond d’une cour d’honneur, séparé de la rue par une porte cochère monumentale. Les ailes abritaient écuries, remise et logements de service. Côté jardin, salons et pièces de réception profitaient d’un cadre plus calme. Cette organisation hiérarchise les circulations tout en mettant en scène l’arrivée depuis le cours d’Albret.
De la Révolution à la maison du recteur
Après l’émigration du premier propriétaire, l’hôtel est vendu comme bien national. Plusieurs familles s’y succèdent au XIXe siècle, jusqu’à son acquisition par la Ville en 1887. Le rectorat y installe alors la résidence officielle du recteur de l’académie. Cette fonction publique a contribué à préserver une grande partie des décors intérieurs, malgré les adaptations nécessaires à la vie administrative.
Vestibule, escalier d’honneur, salle à manger, bibliothèque et salons conservent encore la logique d’origine. Les appartements privés occupaient l’étage, tandis que les pièces de représentation s’ouvraient sur le jardin. La protection au titre des monuments historiques porte sur l’ensemble de la propriété, reconnaissance rare qui englobe bâtiments, cour, communs et espaces extérieurs.

Un projet de reconversion attendu
La résidence rectorale a quitté les lieux en 2024. La Ville a ensuite décidé de vendre l’ensemble, acquis pour 5,45 millions d’euros par un groupe qui annonce un projet mêlant espaces culturels, restauration et bureaux. La promesse d’une ouverture partielle au public change la perspective pour un monument longtemps aperçu seulement depuis son portail.
La transformation devra respecter les éléments classés et l’équilibre entre cour et jardin. Le parcours municipal consacré aux hôtels particuliers du cours d’Albret replace l’adresse dans un ensemble comprenant plusieurs demeures majeures. Pour comprendre la protection juridique de ces édifices, la présentation du ministère de la Culture sur les monuments historiques détaille les principes de conservation.
Observer sans franchir la porte
Dans l’attente de la future ouverture, l’hôtel reste essentiellement visible depuis le cours d’Albret. Le portail, les pavillons de communs et l’axe qui conduit au corps de logis permettent déjà de comprendre la composition. Le jeu consiste à regarder au-delà de la façade sur rue, vers la profondeur de la parcelle et la mise en scène de la cour.
L’adresse se combine facilement avec le palais Rohan, l’hôtel de Poissac et le musée d’Aquitaine. Ce parcours montre plusieurs manières d’habiter le pouvoir à la fin du XVIIIe siècle. À l’hôtel de Basquiat, la pierre raconte successivement la noblesse parlementaire, la République scolaire et, bientôt, une reconversion plus ouverte sur la ville contemporaine.
La future transformation sera particulièrement suivie parce qu’elle touche un ensemble complet et non une façade isolée. Cour, jardin, dépendances et salons forment une chaîne fragile : modifier un accès ou un usage change la perception de tout le domaine. Le défi consiste à rendre l’hôtel vivant sans banaliser son architecture, en laissant au public la possibilité de comprendre ce qui a été conservé, adapté ou restauré.

Quand les nouveaux usages seront installés, la comparaison entre l’ancien plan et les espaces accessibles deviendra passionnante. Le portail, les communs et les salons pourront être lus comme les parties d’un même récit. Cette ouverture attendue offrira surtout aux Bordelais l’occasion de dépasser la simple silhouette aperçue depuis le cours d’Albret.
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