À Saumos, les pins noircis ne marquent pas la fin de l’incendie mais le début d’un autre combat. Environ quatre millions de mètres cubes de bois brûlé attendent désormais d’être évalués, coupés puis vendus. Ce volume, presque équivalent à une année de récolte en Gironde, menace de submerger les entreprises locales et de faire chuter la valeur du bois au pire moment pour les propriétaires sinistrés.
À Saumos, une réunion pour mesurer le vertige
Plus de deux cents sylviculteurs et professionnels se sont retrouvés le 25 août dans la commune touchée par le feu. Le chiffre de 42 000 hectares parcourus donne une idée de l’étendue du sinistre ; celui des quatre millions de mètres cubes raconte le problème concret qui vient maintenant. Il faut sortir une quantité gigantesque de matière sans désorganiser toute la filière.
La première difficulté est pourtant d’entrer dans les parcelles. Des points chauds persistent sous les souches et dans les sols. Tant que les autorités n’ont pas sécurisé les secteurs, les engins forestiers doivent attendre. Chaque semaine perdue dégrade un peu plus les troncs, mais une exploitation précipitée exposerait les ouvriers et pourrait ranimer le feu.

Un arbre brûlé peut encore devenir une charpente
Tous les pins n’ont pas subi les mêmes dommages. Les arbres arrivés à maturité, dont le cœur est resté sain, peuvent encore être sciés pour la construction. D’autres iront vers les panneaux, la pâte ou l’énergie. Les plus jeunes, âgés parfois de quinze ans seulement, ont peu de chances d’atteindre les débouchés les plus rémunérateurs.
Ce tri se joue sur le terrain, arbre après arbre, puis sur les plateformes. Diamètre, profondeur des brûlures, présence d’insectes et humidité déterminent la destination. La couleur noire ne dit pas à elle seule la valeur du bois. Encore faut-il avoir les scieries, les camions et les espaces de stockage capables d’absorber ces volumes.
Pour les grumes les mieux conservées, des aires sous aspersion seront nécessaires. L’eau ralentit les dégradations et donne du temps aux industriels. Mais ces plateformes constituent la clef de l’échelonnement et exigent du foncier, des autorisations et une logistique que les acteurs ne peuvent improviser seuls.

Le risque d’un second sinistre, économique cette fois
La récolte annuelle de la Gironde tourne autour de cinq millions de mètres cubes. Ajouter presque autant en quelques mois ferait mécaniquement pression sur les prix. Or les propriétaires doivent déjà payer les coupes, le débardage, le broyage et, demain, la replantation. Vendre moins cher revient à perdre une seconde fois.
Les professionnels cherchent donc à échelonner les sorties et à commencer par les arbres les moins atteints. Ils réclament également une aide au broyage, avec un montant de 1 000 euros par hectare avancé par les représentants de la forêt privée. Le soutien public décidera de la capacité à nettoyer sans abandonner les parcelles.
La préfecture centralise les consignes et les informations sur l’incendie. Les exploitants peuvent aussi déclarer leurs pertes dans le recensement officiel ouvert après Saumos.

Sortir le bois limite aussi la progression des scolytes, attirés par les arbres affaiblis. Mais le nettoyage ne résoudra pas la question de la reconstitution du massif. Les jeunes pins détruits représentaient plusieurs décennies de croissance et de revenus futurs. Certaines parcelles servaient en outre de zones d’appui aux pompiers.
La forêt girondine ne se reconstruira pas au rythme des communiqués. Elle demandera des choix sur les essences, les distances de plantation, les protections contre le feu et les revenus des propriétaires. Les troncs noircis doivent être valorisés vite ; le paysage, lui, mettra une génération à retrouver sa hauteur.
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