Le Bordeaux d’il y a près de deux millénaires reprend progressivement forme grâce à un travail scientifique de longue haleine. À partir de centaines de blocs de pierre gallo-romains numérisés, des chercheurs parviennent aujourd’hui à identifier des correspondances et à reconstituer virtuellement des monuments disparus. Une avancée majeure pour mieux comprendre ce que fut la ville aux premiers siècles de notre ère.
Ce travail repose sur un corpus exceptionnel de pierres retrouvées à Bordeaux, issues d’anciens édifices publics et funéraires détruits au début du IVe siècle. Réutilisées pour la construction des remparts antiques, ces pièces ont été conservées puis progressivement étudiées, jusqu’à leur intégration dans une base de données numérique permettant de les analyser avec précision.
Une base de données pour reconstruire la ville antique
Aujourd’hui, 265 blocs de pierre sont déjà intégrés dans un système numérique complet, sur un total de 403 éléments conservés. Chaque bloc est documenté avec ses dimensions, son poids, ses inscriptions et ses éléments sculptés. Ce travail minutieux permet non seulement de préserver ces fragments fragiles, mais aussi de les manipuler virtuellement sans risquer de les endommager.
Les chercheurs de l’Institut de recherche sur l’architecture antique, rattaché au CNRS et à l’Université de Pau, utilisent ces données pour tenter de reconstituer les ensembles architecturaux d’origine. Grâce à la modélisation, certains blocs commencent à révéler des correspondances inattendues, laissant apparaître les contours de monuments oubliés depuis près de 1 700 ans.

Parmi les pistes les plus prometteuses figure celle des anciens ensembles monumentaux du centre antique de Bordeaux, qui pourraient être réassemblés virtuellement à partir de fragments dispersés.
Des monuments disparus qui réapparaissent en trois dimensions
Les chercheurs parviennent déjà à établir des rapprochements entre certains blocs décorés, notamment ceux ornés de motifs sculptés comme des cupidons. Ces correspondances permettent d’envisager des assemblages cohérents, comme si les pièces retrouvées étaient les fragments d’un gigantesque puzzle archéologique.
L’un des objectifs majeurs de ces travaux concerne également les Piliers de Tutelle, ancien temple monumental situé à l’emplacement de l’actuel Grand-Théâtre. Les hypothèses de reconstitution se précisent peu à peu, offrant une vision plus concrète de ce que pouvait être le paysage urbain de Bordeaux à l’époque gallo-romaine.

© C’est en France
Cette démarche ouvre une nouvelle manière d’étudier l’Antiquité : en combinant archéologie, science des données et modélisation numérique, les chercheurs redonnent progressivement vie à une ville disparue, enfouie sous les siècles mais jamais totalement oubliée.
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