Entre Saint-Agne et Saint-Capraise-de-Lalinde, le barrage de Tuilières fait partie de ces lieux que l’on traverse parfois sans vraiment les regarder. Pourtant, cet ouvrage posé sur la Dordogne raconte plus d’un siècle d’électricité, de navigation, de crues et de biodiversité. Mis en service au début du XXe siècle, il a longtemps alimenté une partie du Sud-Ouest, jusqu’à Bordeaux. Aujourd’hui, son ascenseur à poissons et son histoire mouvementée en font aussi une curiosité à découvrir près de Bergerac.

Un barrage posé sur la Dordogne, près de Bergerac
Le barrage de Tuilières se situe en Dordogne, sur le cours de la Dordogne, entre les communes de Saint-Agne et de Saint-Capraise-de-Lalinde. À quelques kilomètres de Bergerac, il occupe un secteur où le fleuve présente une forte déclivité. Cette configuration explique en partie l’histoire du site : avant même l’ère hydroélectrique, le passage était suffisamment délicat pour que le canal de Lalinde soit construit au XIXe siècle afin de faciliter la circulation des gabares.
La fiche du Comité Français des Barrages et Réservoirs présente Tuilières comme un barrage mobile de 105 mètres de long, propriété et exploitation EDF, utilisé pour l’hydroélectricité. La retenue couvre 75 hectares et représente environ cinq millions de mètres cubes d’eau.
Un témoin de la grande histoire électrique du Sud-Ouest
Construit à partir de 1905 et mis en service en 1909, le barrage de Tuilières appartient à une époque où l’électricité transformait profondément les territoires. Selon les données historiques reprises par la page consacrée au barrage de Tuilières, l’ouvrage a permis d’alimenter non seulement Bergerac et Périgueux, mais aussi Bordeaux et Angoulême. Pour l’époque, le symbole est fort : une rivière périgourdine devenait une source d’énergie pour plusieurs villes du Sud-Ouest.

L’installation fonctionne avec une centrale hydroélectrique. Sa puissance installée est indiquée à 32 MW, avec une production annuelle autour de 148 GWh. Ces chiffres donnent une idée de la place du site dans le paysage énergétique local, même si Tuilières parle aussi d’ingénierie, de patrimoine industriel et de mémoire.
L’accident de 2006, un tournant pour le site
Le barrage a connu un épisode spectaculaire le 29 janvier 2006. Dans la nuit, la chute de deux contrepoids sur l’une des vannes a entraîné sa destruction et la vidange rapide de la retenue. Plusieurs millions de mètres cubes d’eau se sont libérés en quelques heures, provoquant une forte montée du débit en aval. Les dégâts sont restés limités, notamment parce que le débit naturel de la Dordogne était alors relativement bas, mais l’événement a marqué durablement le site.
La réhabilitation qui a suivi a profondément modifié l’ouvrage. Le barrage a été renforcé, rehaussé, débarrassé de son ancien système de contrepoids et réaménagé pour mieux prendre en compte les crues, la stabilité et le passage des poissons migrateurs.

Un ascenseur à poissons devenu curiosité locale
C’est probablement l’aspect le plus inattendu pour les visiteurs. Tuilières dispose d’un ascenseur à poissons, pensé pour aider les espèces migratrices à franchir l’obstacle du barrage. Le site de Pays de Bergerac Tourisme met justement en avant l’Espace EDF et cet aménagement, qui permet de comprendre autrement le lien entre énergie et biodiversité.
Le sujet est loin d’être anecdotique sur la Dordogne. L’établissement public EPIDOR, qui travaille sur le bassin du fleuve, rappelle l’importance de concilier usages humains, qualité de l’eau et continuités écologiques. À Tuilières, cette tension se voit concrètement : produire de l’électricité, oui, mais sans oublier le fleuve vivant.
Une idée de halte entre patrimoine et nature
Pour une escapade en Dordogne, le barrage de Tuilières peut se glisser facilement dans un itinéraire autour de Bergerac, Lalinde ou Mouleydier. On y vient pour observer le fleuve, comprendre un morceau d’histoire industrielle et regarder autrement un paysage souvent associé aux bastides, aux vignobles et aux villages.
Le lieu rappelle que le patrimoine du Sud-Ouest ne se limite pas aux pierres blondes et aux châteaux. Il existe aussi dans les ouvrages techniques, les canaux, les centrales et les aménagements qui ont transformé la vie quotidienne. Le barrage de Tuilières raconte tout cela à sa manière : la force de l’eau, l’audace des ingénieurs, les accidents que l’on corrige, et la nécessité de penser la nature avec l’énergie.
À lire aussi : Girondins de Bordeaux : l’association rassure les familles après la décision de la DNCG




