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Bordeaux : l’entreprise Coquilles transforme les coquillages usagés en ressource locale

Sur le quai de Brazza, des coquilles d’huîtres et de moules échappent à l’incinérateur pour devenir une matière première. Depuis 2020, l’entreprise bordelaise Coquilles développe une filière locale de collecte, de tri et de broyage. La poudre obtenue trouve des débouchés dans l’agriculture, le bâtiment et l’aménagement, avec l’ambition de prouver qu’un déchet minéral peut créer de la valeur sur le territoire.

Des premières bornes aux huit tonnes collectées

Le projet est né d’un constat simple : après les repas et les fêtes, les coquillages sont généralement jetés avec les ordures ménagères. Les fondatrices estiment qu’environ 3 000 tonnes pourraient ainsi finir chaque année dans l’incinération à l’échelle de la métropole. Coquilles en récupère aujourd’hui sept à huit tonnes. Le volume reste modeste, mais il suffit à tester une chaîne locale et à convaincre restaurants, événements et collectivités.

Sept à huit tonnes de coquillages sont actuellement collectées chaque année, alors que le gisement métropolitain potentiel est beaucoup plus important.

Les premières bornes installées près des Halles de Bacalan avaient permis de récolter environ 250 kilos. Depuis, le réseau se déploie surtout en fin d’année, lorsque la consommation d’huîtres augmente. La collecte est assurée avec des partenaires de l’insertion comme Les Détritivores. Le tri à la source est décisif : les coquillages doivent arriver sans déchets ni restes alimentaires.

Nettoyer, broyer et trouver les bons usages

À l’atelier, l’équipe retire manuellement les éléments indésirables avant le broyage. Les coquilles sont ensuite réduites en poudre et conditionnées en sacs de 25 kilos. Riche en matière minérale, ce broyat peut corriger l’acidité de certains sols agricoles. Il intéresse aussi le bâtiment, où il entre dans des bétons, des cuves viticoles ou des carreaux dont l’aspect rappelle le terrazzo.

Après un tri et un nettoyage manuels, les coquilles sont broyées puis conditionnées pour être utilisées dans l’agriculture et le bâtiment.

Les universités de Bordeaux et de Pau travaillent sur de nouveaux usages, notamment dans les aménagements publics. Chaque application impose toutefois des essais : granulométrie, résistance, innocuité et régularité de la matière doivent être maîtrisées. L’accompagnement initial par ATIS, acteur de l’innovation sociale, a aidé les fondateurs à passer de l’intuition à un modèle capable de dialoguer avec des industriels et des collectivités.

Un broyeur industriel pour changer d’échelle

Pendant plusieurs années, la petite structure a travaillé avec un broyeur à grains, puis testé la sous-traitance. Elle a finalement investi plus de 20 000 euros dans son propre équipement industriel, grâce à des aides publiques et à un financement participatif. Ce choix donne davantage de contrôle sur la production, mais il augmente aussi le besoin de volumes réguliers et de clients capables d’utiliser la poudre.

Bétons, cuves viticoles et carreaux décoratifs figurent parmi les débouchés explorés avec des entreprises et des équipes de recherche régionales.

L’entreprise emploie deux salariées à temps partiel en plus de ses fondateurs et réalise encore un chiffre d’affaires inférieur à 50 000 euros. Elle prépare le recrutement d’un technicien de production et d’un profil lié à la communication. Le défi n’est plus seulement de prouver que la transformation fonctionne : il faut désormais organiser une filière économiquement stable, depuis la collecte jusqu’aux débouchés.

Coquilles illustre ainsi une économie circulaire très matérielle. Le déchet ne disparaît pas par un slogan : il doit être séparé, transporté, nettoyé, transformé puis vendu à un utilisateur. Chaque étape a un coût et demande des partenaires. À Bordeaux, les sacs de poudre et les carreaux expérimentaux montrent néanmoins qu’une ressource importée peut parfois être remplacée par ce que la ville jette déjà. Le potentiel se mesurera dans la capacité à multiplier ces usages sans perdre l’ancrage local.

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