Le 13 septembre, quinze comédiennes feront surgir dans l’espace public des femmes que les récits historiques ont longtemps laissées de côté. Intitulé « Les parts manquantes », ce spectacle gratuit prendra la forme d’une marche théâtrale entre le Jardin de l’Ars et le parc du Pont Roulant. Deux départs sont annoncés, à 11 heures et à 16 heures, sur réservation.
Une scène de théâtre longue d’un kilomètre et demi
Le public ne s’installera pas face à une scène. Il suivra les interprètes sur un parcours d’environ 1,5 kilomètre, ponctué de rencontres et de récits. Cette forme itinérante transforme le quartier en décor et oblige à regarder autrement des lieux traversés au quotidien. Pendant environ une heure trente, les spectateurs avanceront d’une séquence à l’autre, au rythme des voix et des personnages ramenés au premier plan.

Le départ se fera au Jardin de l’Ars, avant une arrivée au parc du Pont Roulant. Les deux représentations sont gratuites, mais le nombre de participants impose une inscription. Le projet s’inscrit dans le dixième anniversaire du Fonds Cré’Atlantique, qui soutient des actions culturelles sur le territoire. La marche devient ici un outil de récit autant qu’un déplacement.
Rendre visibles celles que les manuels ont oubliées
Le spectacle part d’un constat largement documenté : les femmes sont présentes dans tous les domaines de l’histoire, mais elles occupent une place beaucoup plus réduite dans les récits transmis. Artistes, scientifiques, ouvrières, militantes ou figures locales disparaissent souvent derrière les hommes de leur époque. Les quinze comédiennes ne cherchent pas à compléter une liste de grands noms ; elles interrogent surtout les mécanismes qui ont produit ces absences.
Cette démarche rejoint le travail mené autour du matrimoine, notion qui invite à identifier et transmettre l’héritage créé par des femmes. Les ressources de l’association HF Île-de-France sur le matrimoine montrent comment cette relecture renouvelle les visites, les archives et les créations artistiques. À Bordeaux, le choix de l’espace public rend cette réflexion accessible à des personnes qui ne fréquentent pas forcément les institutions culturelles.

Un quartier récent comme territoire de mémoire
Le secteur de l’Ars et du Pont Roulant est associé à la transformation rapide de Bordeaux sud. Immeubles récents, promenades et nouveaux équipements y côtoient des traces portuaires et ferroviaires. Installer un spectacle historique dans ce paysage produit un contraste fécond : la mémoire n’apparaît pas comme un décor figé, mais comme une matière capable d’accompagner une ville qui change. Les récits du passé circulent dans le présent.
Le public devra prévoir des chaussures adaptées à la marche et arriver en avance au point de rendez-vous. La proposition s’adresse autant aux curieux qu’aux familles capables de suivre le parcours. Son intérêt réside dans la rencontre entre une question de fond et une forme légère, sans plateau ni fauteuil. En faisant entendre des trajectoires longtemps minorées, « Les parts manquantes » ne répare pas à elle seule l’histoire, mais elle ouvre un espace collectif pour la raconter autrement.
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