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Gironde : dix-sept agriculteurs expérimentent le chanvre pour mieux résister à la sécheresse

Face aux étés plus secs, des agriculteurs girondins cherchent des cultures capables de diversifier leurs revenus sans accroître fortement leurs besoins en eau. Dix-sept exploitations testent cette année le chanvre sur 34 hectares, principalement dans le Grand Libournais et l’Entre-deux-Mers. L’expérimentation doit mesurer ses performances agronomiques, mais aussi vérifier si une filière locale peut réellement trouver des débouchés durables.

Trente-quatre hectares transformés en laboratoire

Sur trente-quatre hectares, les agriculteurs girondins comparent plusieurs méthodes de culture afin de mesurer le comportement du chanvre pendant les périodes sèches – Crédit : Pexels

Les parcelles ont été conduites selon plusieurs méthodes de semis et d’irrigation afin de comparer les résultats dans des conditions réelles. Le chanvre est réputé pour couvrir rapidement le sol et limiter certaines adventices, mais sa réussite dépend du calendrier, de la préparation de la terre et de la pluviométrie. Cette première campagne doit produire des références girondines, plus utiles aux exploitants que des rendements observés dans d’autres régions.

Un premier bilan est présenté ce jeudi 3 septembre à Civrac-sur-Dordogne. Les techniciens et agriculteurs pourront examiner la hauteur des plantes, l’homogénéité des peuplements et les différences entre parcelles. Le résultat ne se résumera toutefois pas à une photographie de fin d’été : les rendements après récolte et les coûts engagés seront indispensables pour mesurer la viabilité économique de la culture.

Une plante intéressante dans les rotations

Le chanvre peut s’insérer dans une rotation longue, généralement tous les cinq ou six ans sur une même parcelle. Son système racinaire et sa croissance rapide contribuent à structurer le sol. Il demande peu ou pas de produits phytosanitaires selon les situations. Son intérêt agronomique ne dispense cependant pas d’un suivi précis, notamment lors de l’implantation, étape déterminante pour obtenir une récolte régulière.

La Chambre d’agriculture de la Gironde accompagne les exploitants et publie ses conseils techniques sur les cultures adaptées au territoire. L’expérimentation doit aussi comparer l’usage de l’eau. Le chanvre supporte certaines périodes sèches, mais il n’est pas une plante miracle : un stress important au mauvais moment peut réduire la biomasse et compromettre la qualité recherchée.

La croissance rapide du chanvre peut couvrir le sol et compléter les rotations, mais sa réussite dépend d’une implantation soigneusement maîtrisée – Crédit : Pexels

Du bâtiment à l’alimentation, plusieurs débouchés

La plante peut être valorisée presque entièrement. La tige fournit une fibre utilisable dans l’isolation, les matériaux composites ou le textile. La partie ligneuse, appelée chènevotte, entre dans la composition de bétons légers ou de litières. Les graines peuvent servir à l’alimentation et à la cosmétique. Cette diversité constitue un atout seulement si les acheteurs et transformateurs existent à proximité.

En Nouvelle-Aquitaine, les surfaces restent modestes : 396 hectares étaient recensés en 2025, soit environ 3 % des cultures françaises. Les données et usages de la filière sont détaillés par InterChanvre, l’interprofession nationale du chanvre. Pour la Gironde, l’absence d’un outil local de première transformation demeure le principal verrou, car transporter une matière volumineuse sur de longues distances réduit rapidement sa rentabilité.

Fibres, chènevotte et graines offrent plusieurs débouchés, à condition de structurer une transformation suffisamment proche des exploitations girondines – Crédit : Pexels

Une filière à construire au-delà de la récolte

Les dix-sept agriculteurs ne cherchent donc pas seulement une nouvelle graine à semer. Ils testent une organisation complète, depuis l’achat des semences jusqu’à la vente de la fibre et des graines. Des volumes réguliers seront nécessaires pour intéresser un transformateur, tandis que les exploitants auront besoin de contrats suffisamment lisibles pour investir dans la récolte et le stockage.

La sécheresse rend cette réflexion urgente, mais elle impose aussi de garder une approche mesurée. Une seule campagne ne suffira pas à conclure sur tous les sols girondins. Il faudra comparer plusieurs années, documenter les coûts et identifier les marchés réellement accessibles. Le chanvre pourrait devenir une brique de l’adaptation agricole locale, à condition que l’expérimentation débouche sur une chaîne économique cohérente et pas seulement sur de bonnes performances au champ.

Les résultats de récolte devront notamment préciser la qualité des fibres et des graines, deux critères qui détermineront les prix réellement obtenus par chaque exploitation participante.

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