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Gironde : Oenoledge mise sur les levures pour adapter le vin au changement climatique

À Villenave-d’Ornon, la recherche œnologique bordelaise se rapproche encore du terrain. Le laboratoire Oenoledge, issu d’un partenariat entre l’Université de Bordeaux et Biolaffort, travaille sur les levures et autres micro-organismes utiles à la vinification. Son ambition est d’aider les producteurs à préserver l’équilibre des vins malgré le réchauffement, la hausse du degré alcoolique et l’évolution des pratiques de cave.

Le climat modifie l’équilibre des raisins

À Villenave-d’Ornon, Oenoledge rapproche recherche universitaire et besoins des caves pour étudier les micro-organismes qui participent à la vinification locale

Les vendanges plus précoces et les températures élevées favorisent souvent des raisins plus riches en sucres et moins acides. Une fois fermentés, ils peuvent produire des vins plus alcoolisés, avec un équilibre différent de celui recherché par les propriétés. Les caves doivent aussi maîtriser les risques microbiologiques tout en réduisant certains intrants. La question n’est donc pas seulement de conserver un goût, mais de sécuriser la fermentation dans de nouvelles conditions. Oenoledge veut apporter des réponses fondées sur la microbiologie plutôt que sur des corrections tardives.

Des levures capables d’agir sur l’acidité

Certaines souches de Saccharomyces cerevisiae peuvent produire davantage d’acide malique pendant la fermentation. Les résultats étudiés montrent des niveaux supérieurs à trois grammes par litre dans certaines conditions, même si l’effet dépend fortement du moût. Cette piste intéresse les régions confrontées à une perte d’acidité. Le site officiel de l’Institut des Sciences de la Vigne et du Vin présente les équipes et les programmes menés sur le campus. La levure devient ici un outil d’adaptation, pas un simple agent de fermentation.

La bioprotection pour limiter les micro-organismes indésirables

Le laboratoire étudie aussi des levures non-Saccharomyces susceptibles d’occuper rapidement le milieu et de freiner le développement de bactéries indésirables. Dans les essais, certaines associations ont limité la croissance de bactéries acétiques avec une efficacité comparable à celle observée avec le dioxyde de soufre. Il ne s’agit pas d’annoncer la disparition immédiate des sulfites. La bioprotection offre plutôt une voie supplémentaire pour réduire les doses, à condition de maîtriser le moment d’application, la température et l’hygiène de la cave.

Une recherche construite avec les besoins de la filière

Le partenariat entre l’Université de Bordeaux et Biolaffort prolonge environ trente ans de collaborations. Cette durée facilite les échanges entre chercheurs et œnologues de terrain. Les questions remontent des caves, sont testées en laboratoire puis confrontées à des vinifications réelles. Les ressources de la recherche de l’Université de Bordeaux montrent l’importance des projets associant laboratoires et entreprises. À Villenave-d’Ornon, la proximité avec le vignoble girondin offre un terrain d’expérimentation particulièrement pertinent.

Certaines levures peuvent contribuer à restaurer de l’acidité ou à mieux maîtriser les équilibres microbiologiques dans des raisins plus mûrs

Des solutions à adapter à chaque vin

Une souche prometteuse ne produit pas automatiquement le même résultat dans tous les jus. Cépage, maturité, nutrition azotée, température et flore présente modifient son comportement. Les chercheurs devront donc préciser les conditions d’emploi et mesurer les éventuels effets aromatiques. L’objectif est une œnologie plus précise, capable de choisir le bon micro-organisme pour une situation donnée. Cette approche évite de présenter les levures comme une recette universelle et replace la décision entre les mains des professionnels.

Un enjeu scientifique et économique pour Bordeaux

Dans un vignoble déjà fragilisé par les difficultés commerciales, l’adaptation technique doit rester accessible. Des solutions biologiques efficaces peuvent limiter certaines corrections, réduire des pertes et préserver la qualité de lots exposés à la chaleur. Leur coût, leur simplicité d’utilisation et leur reproductibilité seront déterminants. Oenoledge s’inscrit ainsi dans un écosystème bordelais où la recherche peut soutenir directement la compétitivité des domaines. Les prochains millésimes permettront d’en mesurer la portée. Le changement climatique transforme les vins ; le défi consiste désormais à accompagner cette évolution sans effacer leur identité.

Les résultats du laboratoire devront être validés dans des conditions variées avant de devenir des solutions directement utilisables par les propriétés viticoles

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