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Incendies en Gironde : les centrales photovoltaïques, alliées ou obstacles face aux flammes ?

Après les incendies géants de l’été 2026 en Gironde, le rôle des centrales solaires installées au cœur du massif forestier interroge désormais. À Cestas, les flammes ont pénétré sous les panneaux sans détruire le parc photovoltaïque. Ces équipements peuvent ralentir un feu grâce aux zones débroussaillées, mais ils représentent aussi des installations électriques complexes à défendre pour les pompiers.

À Cestas, la plus grande centrale solaire de France frôlée par le feu

L’incendie qui a ravagé environ 42 000 hectares dans la forêt des Landes de Gascogne a atteint la centrale photovoltaïque de Cestas au cours d’une nuit particulièrement critique. Le feu s’est propagé sur plusieurs dizaines de mètres sous les rangées de panneaux, faisant craindre un embrasement de cette installation de 260 hectares.

L’action conjointe des sapeurs-pompiers et d’agriculteurs a permis de maîtriser la situation. Des arrosages et des feux tactiques ont été utilisés pour stopper la progression des flammes. Les dégâts se sont finalement concentrés sur quelques boîtiers de jonction situés en bout de rangée. Après moins de vingt-quatre heures d’interruption, la centrale a pu être reconnectée au réseau électrique.

Cet épisode constitue un cas concret pour les acteurs de l’énergie et de la sécurité civile. Il montre qu’un parc photovoltaïque peut résister à un feu de très grande ampleur lorsque les dispositifs de prévention sont entretenus et que l’intervention est rapide. Mais il confirme aussi que les installations solaires deviennent des zones prioritaires à protéger au milieu d’un massif en flammes.

À Cestas, les flammes ont progressé sous les panneaux avant d’être maîtrisées grâce à une intervention rapide et coordonnée – Crédit : Pexels

Des espaces débroussaillés qui peuvent ralentir les flammes

Autour du parc de Cestas, des bandes de cinquante mètres sont régulièrement débroussaillées. Sous les panneaux, des brebis pâturent afin de limiter la végétation basse. Cette organisation réduit la quantité de combustible disponible et crée une rupture dans la continuité du massif forestier.

Lors d’un incendie, ces surfaces dégagées peuvent diminuer la puissance du front de flammes et servir de zone tampon. La construction des centrales s’accompagne également de pistes d’accès et de réserves d’eau qui peuvent être utilisées par les secours. Dans des secteurs forestiers parfois difficiles à atteindre, ces équipements deviennent alors des points d’appui opérationnels.

Les obligations légales de débroussaillement constituent l’un des piliers de cette prévention. Le périmètre peut atteindre cent mètres autour de certaines installations, selon les décisions prises localement et l’analyse du risque. Les propriétaires et gestionnaires forestiers peuvent retrouver les principes de protection du massif auprès de la Défense des forêts contre les incendies en Aquitaine.

Cette surveillance permanente représente un autre avantage. Les grandes centrales disposent généralement d’une présence humaine ou d’un système de télésurveillance. Une fumée, une anomalie électrique ou un départ de feu peut ainsi être détecté plus rapidement que dans une parcelle forestière isolée. Les parcs solaires peuvent donc devenir des vigies du territoire, à condition que leurs dispositifs soient pleinement opérationnels.

Une infrastructure électrique qui complique aussi l’intervention

L’effet protecteur ne doit cependant pas masquer les difficultés. Une centrale photovoltaïque reste un ensemble électrique produisant du courant dès que les panneaux reçoivent de la lumière. Les câbles, onduleurs, transformateurs et boîtiers imposent des précautions particulières aux équipes engagées au sol. La fumée, la chaleur et la visibilité réduite peuvent rendre l’intervention encore plus délicate.

Les bandes débroussaillées, les pistes d’accès et les réserves d’eau peuvent transformer un parc photovoltaïque en point d’appui pour les secours – Crédit : Pexels

Lorsque les flammes atteignent la végétation située sous les panneaux, les pompiers doivent intervenir rapidement pour éviter une propagation aux équipements. Ils doivent aussi disposer des plans du site, des accès, des dispositifs de coupure et d’interlocuteurs capables de renseigner précisément les risques. La préparation en amont avec les exploitants devient donc indispensable.

Les centrales peuvent par ailleurs être à l’origine de départs de feu lors d’une défaillance technique. Ces événements restent rares, mais plusieurs incidents ont déjà été recensés en Nouvelle-Aquitaine. En 2023, une installation de Sainte-Hélène, à l’ouest de Bordeaux, avait connu cinq départs de flammes en quelques mois. Son activité avait été suspendue le temps de corriger les problèmes techniques.

Les installations au sol de plus de 250 kilowatts-crête sont recensées comme installations classées pour la protection de l’environnement et doivent respecter des prescriptions spécifiques. Le portail du service public Géorisques permet de mieux comprendre les risques industriels et naturels pris en compte autour des équipements et des territoires.

Des projets désormais davantage encadrés en forêt

Le développement du photovoltaïque au sol est devenu un sujet sensible dans le massif des Landes de Gascogne. La production d’électricité renouvelable doit être conciliée avec la protection des forêts, la biodiversité, l’activité sylvicole et la sécurité incendie. Depuis 2024, les projets de plus de 25 hectares ne peuvent plus être développés en milieu forestier dans les mêmes conditions qu’auparavant.

Les parcelles incendiées ne constituent pas non plus une réserve foncière destinée à accueillir automatiquement de nouveaux panneaux. Cette règle vise à éviter que les feux ne favorisent indirectement le défrichement énergétique. Les projets doivent s’inscrire dans les documents d’urbanisme, les études environnementales et la stratégie énergétique des collectivités.

En Gironde, où plusieurs groupes exploitent des installations couvrant des dizaines ou des centaines d’hectares, la question de leur intégration au dispositif de défense incendie devient centrale. Chaque site doit être pensé comme une infrastructure énergétique mais aussi comme un espace exposé à un risque naturel croissant.

La présence de câbles, d’onduleurs et de panneaux produisant du courant impose des protocoles spécifiques aux équipes mobilisées contre les incendies – Crédit : Pexels

Un équilibre à construire entre énergie et résilience

Les incendies de 2026 ne permettent pas de classer simplement les centrales solaires parmi les alliées ou les obstacles. Tout dépend de leur implantation, de leur entretien, de la largeur des zones débroussaillées, des accès disponibles, de la présence de réserves d’eau et de la coordination avec les secours.

Une centrale bien préparée peut casser la continuité de la végétation, ralentir les flammes et fournir un point d’appui. Une installation mal entretenue ou touchée par une défaillance peut, à l’inverse, accroître les risques et mobiliser des moyens supplémentaires. La qualité de la prévention fait donc toute la différence.

Pour la Gironde, l’enjeu dépasse la seule production électrique. Il s’agit de construire des projets capables de fonctionner dans un territoire où les feux extrêmes deviennent plus fréquents. Exploitants, communes, services de secours et forestiers devront partager les informations, tester les procédures et adapter les équipements. Le solaire peut participer à la transition énergétique, mais sa réussite dépendra aussi de sa capacité à renforcer la résilience du massif.

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