Tudigo a été placée en liquidation judiciaire le 12 octobre par le tribunal de commerce de Bordeaux, deux mois après son redressement. La décision ferme la plateforme de financement participatif, mais ne fait pas disparaître d’un coup tous les placements réalisés par son intermédiaire. Pour les épargnants, la question est désormais double : quels titres détiennent-ils exactement et qui assurera leur suivi, à quel prix ?
Liquidation de Tudigo : deux situations pour les investisseurs
La distinction commence par la société dans laquelle chacun a investi. Les personnes devenues actionnaires de Tudigo SAS détiennent une part de la plateforme elle-même. Elles sont exposées à la perte de leur mise dans sa liquidation : un actionnaire n’est remboursé qu’après les créanciers, s’il reste un actif à répartir. Environ 700 particuliers auraient apporté près de 3 millions d’euros lors des levées de 2022 et 2023.

Les souscripteurs des projets proposés sur Tudigo se trouvent dans une autre position. Les participations en actions sont logées dans 116 sociétés de portage, distinctes de la plateforme liquidée ; les détenteurs d’obligations sont, eux, créanciers des entreprises émettrices. Leurs titres ne s’éteignent donc pas automatiquement avec Tudigo. Cela ne garantit ni leur valeur future ni le remboursement d’une entreprise financée. L’Autorité des marchés financiers détaille les risques d’une cessation d’activité de plateforme.
Tudigo revendiquait plus de 215 millions d’euros collectés auprès de 26 000 investisseurs depuis 2012. Ce total historique ne dit pas combien détiennent encore un placement aujourd’hui. Le statut juridique du titre détenu reste le premier repère pour comprendre les conséquences concrètes du jugement.
L’offre de Blast écartée, une facture de gestion en débat
Le tribunal bordelais a écarté les offres de reprise, dont celle du Blast Club d’Anthony Bourbon. Celle-ci prévoyait 100 000 € pour la reprise, cinq salariés conservés et, pour les véhicules détenant des actions, une gestion proposée sans frais aux associés. Le montant offert a été jugé insuffisant au regard des dettes de Tudigo. Il faut éviter d’étendre la gratuité annoncée au suivi des obligations : les deux types de placements n’étaient pas traités de la même manière.

Sans repreneur, un plan de continuité doit organiser l’administration des investissements. Pour les 116 véhicules en actions, la proposition évoquée chiffre la présidence de chacun à 8 400 € TTC par an, financés par appels de fonds aux associés. Multiplié par 116, le montant approche 975 000 € par an si tous retenaient cette formule. C’est une proposition de coût, pas une facture automatiquement due par chaque épargnant.
Ce que les épargnants peuvent décider avant de payer
Un associé d’une société de portage ne peut pas voir ses engagements augmentés sans son consentement : l’article 1836 du code civil le précise. Les investisseurs concernés doivent donc examiner la proposition soumise à leur véhicule, son coût et les alternatives possibles avant de voter ou de signer. Une autre offre de gestion, à 4 800 € TTC par an et par véhicule, est également évoquée dans le dossier.
Pour les obligations, le dispositif envisagé prévoit des prestataires et des frais différents, variables notamment selon qu’un emprunt rembourse normalement ou se trouve en défaut. Impossible, par conséquent, de résumer tous les épargnants à un tarif unique. La priorité pratique est de retrouver les documents de souscription : ils permettent d’identifier la société émettrice, le véhicule éventuel, la nature du titre et les interlocuteurs chargés du suivi après la disparition de la plateforme.

La liquidation décidée à Bordeaux clôt l’activité de Tudigo, pas l’histoire des entreprises qu’elle a contribué à financer. La valeur des placements reste liée aux projets sous-jacents, tandis que leur administration doit être réorganisée. Entre perte possible pour les actionnaires de la plateforme et frais de suivi discutés pour les autres, confondre tous les investisseurs conduirait à un mauvais diagnostic.
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