À La Tremblade, le phare de la Coubre regarde l’océan avancer avec une régularité inquiétante. Cette grande tour rouge et blanche, visible depuis l’entrée de l’estuaire de la Gironde, n’est plus séparée de la mer que par environ 130 à 150 mètres de sable. L’État a déjà acté le principe d’une déconstruction lorsque la sécurité ne pourra plus être garantie. Pour les amoureux du littoral de Nouvelle-Aquitaine, cette menace dépasse le simple sort d’un monument : elle raconte la fragilité d’un paysage entier face à l’érosion.

Un repère mythique à l’entrée de l’estuaire
Le phare de la Coubre se dresse sur la côte sauvage, à La Tremblade, en Charente-Maritime. Depuis plus d’un siècle, il marque l’entrée nord de l’estuaire de la Gironde, dans une zone connue des marins pour ses bancs de sable et ses courants. Pour les visiteurs du Sud-Ouest, c’est aussi un grand repère du littoral : 64 mètres, 300 marches et un panorama sur l’océan, la forêt de la Coubre et l’estuaire.
Le site officiel du phare de la Coubre rappelle son rôle touristique et patrimonial, toujours bien vivant. Le monument reste ouvert au public selon les périodes de visite, avec un musée consacré à l’histoire des phares et à la navigation. Mais derrière la carte postale, l’inquiétude grandit : la mer s’approche vite.
De 1,8 km à moins de 150 mètres de l’océan
Lors de sa mise en service, le 1er octobre 1905, le phare avait pourtant été construit loin du rivage. La distance avec l’océan était alors d’environ 1,8 kilomètre. Aujourd’hui, les relevés récents évoquent plutôt 130 à 150 mètres. En un peu plus de 120 ans, la côte a donc reculé de façon spectaculaire, sous l’effet des tempêtes, des mouvements de sable, de la houle et de la montée du niveau marin.

Le sujet s’inscrit dans une problématique nationale. Le portail Service-public.fr détaille le cadre mis en place pour les communes exposées au recul du trait de côte. Sur la côte atlantique, cette question n’a rien d’abstrait : elle touche les plages, les dunes, les routes, les campings, les habitations et désormais des monuments que l’on pensait installés pour longtemps.
Pourquoi la déconstruction est désormais sur la table
La menace ne vient pas seulement de la proximité visuelle de l’eau. Le risque se joue aussi sous le sable, avec des infiltrations et une fragilisation progressive des fondations. Les autorités ont fixé un seuil critique : lorsque l’océan atteindra environ 60 à 65 mètres du bâtiment, la sécurité des visiteurs ne pourra plus être assurée. Dans ce scénario, la déconstruction du phare de la Coubre deviendrait l’option retenue.
Le mot est lourd, surtout pour un édifice inscrit aux monuments historiques depuis 2011. Mais les solutions de déplacement ou de protection lourde, comme des digues ou de grands enrochements, ont été écartées ou jugées peu durables face à la dynamique du site. La fiche dédiée aux monuments historiques rappelle d’ailleurs que la protection patrimoniale n’efface pas les contraintes physiques qui pèsent sur un bâtiment.

Une histoire déjà marquée par les disparitions
La Coubre connaît cette lutte depuis longtemps. Avant l’actuel phare, d’autres édifices ont déjà été abandonnés ou détruits par l’érosion. Une tour en pierre construite à la fin du XIXe siècle s’est notamment effondrée en 1907, après avoir été rattrapée par l’océan. Le phare actuel avait justement été bâti plus en retrait. L’histoire semble pourtant se répéter.
Un symbole pour toute la Nouvelle-Aquitaine
Pour les Bordelais et les Girondins, le phare de la Coubre n’est pas un monument lointain. Il appartient à ce grand paysage de l’estuaire, entre Cordouan, la pointe de Grave, Royan et la côte sauvage. Sa possible disparition pose une question simple : que choisit-on de sauver lorsque l’océan gagne ?
Aucune date officielle de démolition n’est arrêtée à ce stade. Le phare reste donc accessible et continue de jouer son rôle de repère maritime et touristique. Mais son avenir se compte désormais en seuils, en mètres et en décisions publiques. C’est peut-être ce qui rend son histoire si touchante : la sentinelle de la Coubre continue de briller, tout en sachant que l’océan, lui, n’attend pas.
À lire aussi : En Nouvelle Aquitaine, ce youtubeur transforme sa Peugeot 205 en album Panini géant




