Une expérience inédite en Gironde débute à Sainte-Eulalie. Depuis le 20 juillet, 200 000 moustiques tigres mâles stériles doivent être dispersés chaque semaine dans un secteur résidentiel de la commune. L’objectif n’est pas d’ajouter des insectes piqueurs, mais de freiner progressivement leur reproduction sans pulvériser d’insecticide.

Une première en Gironde sur 68 hectares
La commune de Sainte-Eulalie, dans la métropole bordelaise, teste cet été la technique de l’insecte stérile. Le dispositif couvre 68 hectares et environ 700 foyers autour du pôle éducatif Saint-Exupéry, qui rassemble notamment une école, une crèche et un centre de loisirs.
Le programme est porté par la start-up montpelliéraine Terratis. Le prestataire néo-aquitain Altopictus assure les dispersions sur le terrain à partir du 20 juillet. Au total, 2,5 millions de moustiques mâles doivent être relâchés dans le cadre de l’opération, financée à hauteur de 35 000 euros par la commune.
Pourquoi ces moustiques ne piquent-ils pas ?
Le choix des mâles est essentiel : chez le moustique, seules les femelles piquent pour obtenir le sang nécessaire à la production de leurs œufs. Les mâles se nourrissent principalement de nectar. Leur libération n’est donc pas censée augmenter les piqûres subies par les habitants.
Les insectes sont élevés à Montpellier. Les mâles sont séparés des femelles, puis exposés à des rayons X qui les rendent stériles. Une fois transportés dans des boîtes réfrigérées, ils sont dispersés sur la zone choisie afin de s’accoupler avec les femelles sauvages.
Une reproduction progressivement bloquée
Lorsqu’une femelle s’accouple avec un mâle stérile, les œufs produits ne donnent pas de nouvelle génération. En multipliant les lâchers, les responsables espèrent réduire progressivement la population locale de moustiques tigres. L’INRAE présente la technique de l’insecte stérile comme une méthode ciblée, étudiée notamment contre les moustiques du genre Aedes.
Terratis annonce viser une baisse de la fertilité pouvant atteindre 50 % dès la première année et jusqu’à 90 % après deux ans. Ces chiffres restent des objectifs avancés par l’entreprise. À Sainte-Eulalie, des pièges seront relevés chaque semaine pour calculer la proportion d’œufs vides et évaluer concrètement l’efficacité du dispositif.
Une réponse à une forte présence du moustique tigre
Sainte-Eulalie fait face à une importante infestation et avait enregistré un cas de dengue l’an dernier. La commune devient la première de Gironde à adopter cette méthode, après une expérimentation menée à Brive-la-Gaillarde en Nouvelle-Aquitaine. Si les résultats sont jugés concluants, le dispositif pourrait intéresser d’autres collectivités.

Les habitants doivent continuer à supprimer l’eau stagnante
Le lâcher de mâles stériles ne remplace pas les gestes quotidiens. Coupelles, seaux, récupérateurs mal fermés et petits récipients peuvent devenir des lieux de ponte. La Ville de Sainte-Eulalie rappelle l’importance d’agir sur les larves et met également un larvicide biologique à disposition en mairie.
Cette combinaison entre intervention collective et vigilance individuelle déterminera la réussite de l’expérience. Les premiers enseignements viendront des relevés de terrain, avant de savoir si cette solution peut durablement réduire la nuisance dans les quartiers concernés.
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