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Bordeaux : l’incroyable histoire du Cirque français de la rue Judaïque

Bien avant les chapiteaux modernes, Bordeaux possédait un cirque permanent rue Judaïque. Inauguré le 22 octobre 1836 dans les jardins de l’hôtel Castelnau-d’Auros, le Cirque-Olympique — également appelé Cirque français — accueillait écuyers, artistes ambulants et spectacles populaires. Les documents conservés par les Archives de Bordeaux Métropole racontent l’histoire de ce lieu aujourd’hui disparu, au cœur d’un quartier durablement associé au divertissement.

Le Cirque-Olympique de Bordeaux ouvre en 1836 dans les jardins de l’hôtel Castelnau-d’Auros, à l’angle de la rue Judaïque.

Un cirque permanent ouvre rue Judaïque en 1836

L’histoire commence avant même la construction de la salle. À la fin du XVIIIe siècle, le secteur de la rue Judaïque accueille déjà le Manège Ségalier, un espace consacré à l’entraînement équestre et utilisé par des troupes de passage. La célèbre famille Franconi, pionnière du cirque français, s’y produit notamment au début du XIXe siècle.

Face au goût croissant du public pour ces spectacles, une société est constituée afin d’offrir à Bordeaux un établissement permanent. Le projet aboutit dans les jardins de l’hôtel Castelnau-d’Auros. Conçu par l’architecte Gabriel-Joseph Durand, le Cirque-Olympique ouvre le 22 octobre 1836, avec les écuyers Rabba et Vidal parmi les premiers artistes annoncés.

Le bâtiment adopte une forme de rotonde organisée autour d’une piste. Plusieurs rangs de loges permettent au public d’observer les exercices équestres. Les plans, devis et dessins liés à sa construction figurent aujourd’hui parmi les fonds consultables auprès des Archives de Bordeaux Métropole.

Bien plus que des numéros équestres

Le modèle économique imaginé pour le site ne repose pas uniquement sur les représentations du soir. La piste sert aussi à des cours d’équitation pendant la journée. Les écuries, les caves et certains espaces commerciaux peuvent être loués, tandis que la salle est pensée pour accueillir des bals et diverses manifestations.

Autour de la piste, les Bordelais découvrent des exercices équestres, des acrobaties et des spectacles adaptés aux goûts du XIXe siècle.

Cette polyvalence reflète l’évolution du cirque au XIXe siècle. Né autour de l’art équestre, il intègre progressivement acrobates, ménageries et formes théâtrales. Entre 1830 et 1880, l’équitation française rayonne en Europe et de nombreuses grandes villes se dotent de cirques stables. La chronologie du cirque proposée par la BnF et le CNAC permet de replacer l’établissement bordelais dans cette période faste.

Du Cirque-Olympique au Cirque français

Au fil de son existence, l’établissement change de nom. Il devient Cirque français puis Théâtre du Cirque, preuve que sa programmation dépasse progressivement les seules disciplines circassiennes. Des artistes issus des cirques Franconi puis Rancy foulent sa piste, tandis que les usages de la salle évoluent avec les attentes du public.

Le lieu s’inscrit dans une véritable géographie bordelaise du spectacle. Les Quinconces, les quais, les barrières et plusieurs terrains des boulevards reçoivent aussi des installations temporaires. La rue Judaïque se distingue toutefois par la permanence de ses salles et par la succession d’établissements de divertissement qui s’y développeront.

Le Cirque français cesse son activité dans les années 1860, avant la transformation profonde de la parcelle. L’édifice disparaît à la fin de la décennie, mais le quartier conserve sa vocation culturelle avec l’arrivée de théâtres puis, plus tard, de cinémas.

La rue Judaïque conserve dans son paysage urbain les traces d’un quartier consacré aux spectacles depuis près de deux siècles. –

Un patrimoine presque invisible dans Bordeaux

Du grand bâtiment circulaire, il ne reste aujourd’hui que peu de traces immédiatement identifiables. À l’angle des rues Judaïque et Castelnau-d’Auros, le dessin de la parcelle et certains éléments urbains rappellent néanmoins l’ancienne présence du cirque. Les archives deviennent alors essentielles pour restituer ses volumes et ses usages.

Plans d’architecte, autorisations, correspondances et documents administratifs permettent de comprendre comment fonctionnait ce lieu de loisirs. Ils racontent également une ville avide de spectacles et de nouveautés, où l’équitation, l’acrobatie et le théâtre participaient déjà pleinement à la vie culturelle.

Cette plongée dans le XIXe siècle révèle ainsi un Bordeaux inattendu. Derrière une rue familière se cache la mémoire d’une piste, de chevaux et de gradins animés : un chapitre oublié du patrimoine bordelais, remis en lumière grâce aux fonds métropolitains.

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