Une association anticorruption a déposé mercredi 19 août une plainte contre X afin que soient examinées les conditions de réalisation d’un pare-feu privé au Cap-Ferret pendant le mégafeu de juillet. Le chantier, lancé sans autorisation préalable à l’initiative de Benoît Bartherotte, avait été suspendu avant de reprendre après des échanges avec les autorités. La justice doit désormais déterminer si des infractions ont été commises.

Une initiative prise dans l’urgence du mégafeu
Le chantier remonte au 23 juillet 2026, au lendemain du déclenchement de l’incendie parti de Saumos. Alors que les flammes progressaient vers Lège-Cap-Ferret et que les évacuations se multipliaient, Benoît Bartherotte, président de l’Association de défense de la pointe du Cap-Ferret, a fait intervenir des engins pour abattre des pins et créer une coupure dans la végétation. Les travaux ont concerné des terrains appartenant pour partie à la commune et à l’Office national des forêts.
L’intéressé ne conteste pas avoir agi avant d’obtenir une autorisation. Il invoque l’urgence et ce qu’il considère comme une insuffisance de l’action publique à cet endroit de la presqu’île. Le chantier, financé par son association, devait selon lui protéger le village et ses environs. Ses opposants estiment au contraire que l’ouvrage défendait d’abord sa propriété située à proximité. Ces appréciations opposées ne constituent pas des conclusions judiciaires.
Le chantier suspendu puis autorisé à reprendre
La réalisation du pare-feu a été interrompue le 26 juillet à la demande de la mairie. Deux jours plus tard, les travaux ont repris après des discussions avec les autorités. Cette chronologie concentre les interrogations : qui a été informé, quelles autorisations ont été données, sur quel fondement et à quel moment ? La plainte demande qu’une enquête clarifie les décisions prises pendant cette période de crise.
La commune avait parallèlement participé à plusieurs opérations destinées à protéger la presqu’île. Un second pare-feu, beaucoup plus vaste et situé plus au nord, a été réalisé légalement par les pouvoirs publics à partir du 27 juillet. La Ville a publié des informations officielles sur l’incendie et les dispositifs de protection, avec les consignes, les fermetures et les travaux engagés sur le territoire.

Ce que demande l’association anticorruption
La procédure a été engagée contre X, et non directement contre une personne déterminée. Cette précision est essentielle : le dépôt vise à permettre aux enquêteurs d’examiner l’ensemble de la chaîne de décisions. L’association souhaite que soient recherchées d’éventuelles infractions environnementales ou forestières et que soient vérifiées les conditions dans lesquelles des autorités publiques ont pu permettre ou faciliter la poursuite du chantier.
Déposer une plainte ne signifie ni qu’une infraction est établie, ni qu’une responsabilité a été attribuée. Le parquet peut ouvrir des investigations, demander des vérifications complémentaires ou classer la procédure. La page de Service-Public consacrée au dépôt de plainte et à ses suites détaille les différentes étapes possibles après le signalement de faits à la justice.
Les enquêteurs pourraient reconstituer le calendrier des travaux, identifier les propriétaires et gestionnaires des parcelles, examiner les échanges avec l’administration et mesurer les conséquences environnementales de l’abattage. Le contexte exceptionnel de l’incendie sera pris en compte, sans effacer les règles applicables à une intervention sur des terrains publics ou forestiers.
Benoît Bartherotte défend son choix
Benoît Bartherotte assume l’initiative et affirme avoir voulu agir rapidement face à la menace. Il estime que les travaux n’ont rien coûté au contribuable et que l’intervention des pouvoirs publics a permis de débloquer la situation. Ses détracteurs dénoncent un passage en force et l’usage de relations pour obtenir une validation après le début du chantier. Ces déclarations doivent être distinguées des faits que pourra établir une éventuelle enquête.
La controverse s’ajoute à un conflit ancien entre l’homme d’affaires et plusieurs autorités au sujet de travaux menés à la pointe du Cap-Ferret, notamment contre l’érosion. Elle intervient aussi dans un climat tendu après le mégafeu, alors que communes et services forestiers tirent les enseignements de la catastrophe. Le débat porte autant sur l’efficacité des pare-feux que sur la manière de les décider et de les coordonner.
Une question de sécurité et d’État de droit
Les incendies de grande ampleur imposent des décisions rapides. Pour autant, l’ouverture d’une coupure dans un massif ne relève pas d’un simple chantier privé : elle touche à la propriété des terrains, à la sécurité des intervenants, à la stratégie des secours et à la protection de l’environnement. L’Office national des forêts présente les principes officiels de prévention des incendies en forêt, fondés sur une préparation collective et une coordination avec les autorités.
L’affaire pose donc une question plus large : jusqu’où une personne privée peut-elle agir lorsqu’elle estime le danger immédiat, et comment l’administration doit-elle encadrer ou reprendre cette initiative ? L’enquête demandée devra séparer ce qui relève de l’urgence opérationnelle, des autorisations administratives et d’éventuels manquements. En attendant, la présomption d’innocence s’applique et aucune culpabilité ne peut être affirmée.
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