Au 20, avenue de Mirande, une longue façade du XVIIIe siècle rappelle les anciennes maisons de campagne qui entouraient Bordeaux. Construite en 1784 et 1785 pour l’armateur et négociant Jean-Pierre Labat de Serene, la chartreuse de Mirande conserve des salons peints, des cheminées sculptées et une élégante composition classique. Propriété privée, elle est partiellement classée monument historique depuis 1980.

Le domaine d’un négociant bordelais
En 1775, Jean-Pierre Labat de Serene acquiert le bourdieu de Mirande. Cet armateur et négociant en blés et farines appartient à une bourgeoisie qui investit dans des propriétés situées aux portes de la ville. Le domaine permet de conjuguer revenus agricoles, représentation sociale et éloignement relatif du centre marchand.
Près de dix ans plus tard, le propriétaire fait édifier une nouvelle demeure. Les travaux se déroulent en 1784 et 1785, dans un contexte de renouvellement architectural fortement marqué par l’influence de Victor Louis, l’architecte du Grand-Théâtre. À Bordeaux, le goût classique s’épure alors et gagne les résidences privées.
Une façade gouvernée par la symétrie
La chartreuse se présente comme un bâtiment horizontal, équilibré autour de son entrée principale. Un double perron, accompagné d’une grille en fer forgé, conduit au niveau noble. La symétrie ordonne l’ensemble de la façade, tandis que balustres, fenêtres et volets anciens apportent rythme et finesse.

Cette architecture n’a rien de tapageur. Elle exprime la réussite par la justesse des proportions, la qualité de la pierre et la maîtrise de l’arrivée. Le visiteur était conduit vers une entrée centrale qui distribuait les espaces de réception. La demeure affirmait ainsi le rang de son propriétaire sans rivaliser avec les hôtels particuliers du cœur de ville.
Au nord, une cave divisée en plusieurs compartiments rappelle la dimension pratique du domaine. La chartreuse n’était pas seulement une résidence d’agrément : elle appartenait à une économie de propriété, de stockage et d’exploitation caractéristique des bourdieus bordelais.
Des peintures enchâssées dans les boiseries
L’intérieur constitue la partie la plus précieuse du monument. Quatre salons et trois grandes chambres conservent leur organisation et une partie de leurs décors. Deux salons abritent des peintures sur toile de Jean-Baptiste Butay, intégrées directement dans les boiseries. Six tableaux de ce peintre palois sont signalés dans le dossier patrimonial.

Les chambres et les salons possèdent également des cheminées en marbre blanc ou en pierre, ornées de cannelures et de sculptures. Ces éléments donnent une idée du raffinement recherché à la veille de la Révolution. Le confort, les arts décoratifs et l’architecture forment ici un tout particulièrement cohérent.
Une protection centrée sur les décors
La chartreuse avait d’abord été inscrite en 1969. Cette mesure est remplacée par un classement prononcé le 10 octobre 1980. Sont protégés les façades et les toitures, ainsi que les trois chambres et les quatre salons décorés du rez-de-chaussée. La notice de la base POP en fournit le détail.
Un inventaire de l’agence d’urbanisme de Bordeaux replace également Mirande dans le réseau patrimonial proche des boulevards. Cette localisation montre combien l’expansion urbaine a progressivement rattrapé les anciennes maisons de campagne.
La demeure étant privée, elle ne se visite pas librement. Depuis l’avenue, sa silhouette permet néanmoins de saisir un fragment du Bordeaux élégant de la fin de l’Ancien Régime. À défaut d’en franchir le seuil, il faut donc observer lentement l’alignement des baies, le dessin du perron et la retenue générale de cette architecture. Mirande vaut autant pour sa façade que pour ce qu’elle suggère : un monde de négociants, de jardins et de salons raffinés désormais pris dans la ville.
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