Au 29, rue Thérésia-Cabarrus, derrière un portail et une clôture protégés, la chartreuse Le Caoulet rappelle qu’avant l’urbanisation Bordeaux possédait des domaines viticoles jusque dans ses quartiers actuels. Cette demeure du XVIIIe siècle, probablement liée à l’architecte Jean Chalifour, associe logement surélevé, espaces de service et anciens chais. Inscrite en totalité depuis 2009, elle demeure une propriété privée rarement accessible.

Une maison de campagne dans les Graves de Bordeaux
Le mot « chartreuse » peut prêter à confusion. Dans le Sud-Ouest, il ne désigne pas nécessairement un monastère, mais une maison de maître basse et allongée, généralement tournée vers un jardin ou des terres agricoles. Le Caoulet appartient à cette tradition. La demeure se trouvait autrefois au cœur des Graves de Bordeaux, un paysage de vignobles aujourd’hui largement absorbé par la ville.
Au XVIIIe siècle, posséder un bourdieu aux portes de Bordeaux constitue à la fois un investissement et un marqueur social. On y produit le « vin de ville », on administre des terres et l’on profite d’une résidence plus aérée que les hôtels particuliers du centre. Le Caoulet raconte cette double fonction, entre exploitation et agrément.
Une architecture adaptée au domaine
La maison peut être attribuée à Jean Chalifour. Son plan carré la distingue de certaines chartreuses très étirées, mais son organisation reste caractéristique des demeures rurales girondines. Le niveau principal, surélevé, accueille l’habitation ; l’étage inférieur réunit les services, les réserves et les espaces liés à la production.

Cette disposition répond aux réalités du terrain autant qu’au désir de confort. Les pièces de réception bénéficient de lumière et de vues, tandis que les tâches domestiques et agricoles restent regroupées en contrebas. L’architecture hiérarchise les usages sans rompre l’unité du bâtiment. Portail, clôture et rapport à la parcelle participent pleinement à la lecture du domaine.
La sobriété extérieure ne signifie pas absence d’élégance. Symétrie, rythme régulier des ouvertures et proportions mesurées traduisent le goût classique de l’époque. Le prestige se joue moins dans l’accumulation du décor que dans la qualité de l’implantation et la maîtrise des volumes.
Le témoin d’un paysage viticole disparu
L’intérêt du Caoulet dépasse donc ses murs. La propriété conserve le souvenir d’un Bordeaux où les vignes s’étendaient près des barrières et des chemins qui deviendraient des rues. À mesure que la ville avance, les domaines sont morcelés, les chais changent d’usage et les maisons de maître se retrouvent entourées d’habitations.

Dans ce contexte, la préservation de la demeure, de son portail et de sa clôture permet de maintenir une trace lisible de l’ancien domaine. L’acte officiel de protection précise que la chartreuse a été inscrite en totalité le 6 mars 2009.
Un patrimoine privé à respecter
Le Caoulet n’est pas un musée ni un monument ouvert quotidiennement. Il s’agit d’une propriété privée, visible seulement de manière partielle depuis l’espace public. Les éventuelles ouvertures doivent être confirmées auprès des organisateurs concernés, sans franchir le portail ni gêner les occupants.
L’inventaire cartographique de l’agence d’urbanisme bordelaise replace la chartreuse parmi les monuments protégés proches des boulevards. Cette mise en perspective aide à comprendre la transformation du secteur et les enjeux de protection de ses abords.
Discrète, Le Caoulet offre pourtant une clé précieuse pour lire le Bordeaux viticole d’avant les boulevards. Elle permet aussi de rappeler que l’identité viticole bordelaise s’est longtemps construite à l’intérieur même des limites communales actuelles. Son architecture raconte la richesse des négociants, l’organisation d’un domaine et la disparition progressive des paysages agricoles. Une histoire de la ville écrite à hauteur de maison.
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