ActuDécouvrirNewsVisiter

Croix Saint-Projet : le dernier témoin d’un cimetière médiéval au centre de Bordeaux

Au cœur de la très commerçante place Saint-Projet, une croix de pierre résiste au mouvement de la ville. Son fût gothique remonte au XVe siècle et marque l’emplacement de l’ancien cimetière paroissial. L’église a presque entièrement disparu, les rues ont changé, mais ce monument continue de raconter le Bordeaux médiéval à celles et ceux qui prennent le temps de regarder ses détails.

Au centre de la place, la croix rappelle qu’un cimetière paroissial occupait autrefois cet espace aujourd’hui entièrement intégré aux rues commerçantes. – Crédit : Bordeaux Métropole

Une place autrefois occupée par les morts

La place Saint-Projet n’a pas toujours été un lieu de passage bordé de boutiques. Au Moyen Âge, elle s’organise autour d’une petite église paroissiale et de son cimetière. La croix indiquait cet espace consacré. Un document de 1518 la mentionne déjà, confirmant son ancienneté dans le paysage urbain bordelais.

L’église Saint-Projet se trouvait à l’intérieur des remparts. Fréquentée notamment par des bourgeois et des artisans aisés, elle faisait partie du maillage serré des paroisses du centre. En 1791, la réorganisation religieuse de Bordeaux entraîne sa fermeture. L’édifice disparaît ensuite presque entièrement ; seule sa tour subsiste, dissimulée rue Tustal.

Un remarquable fût de style gothique flamboyant

La croix actuelle mêle plusieurs époques. Le fût est ancien, tandis que la croix placée au sommet a été refaite au début du XXe siècle, probablement d’après le modèle précédent. Cette distinction est essentielle : la partie médiévale se lit surtout dans le socle et l’élévation sculptée.

Pilastres, clochetons et arcs polylobés composent un petit monument gothique dont la finesse contraste avec l’animation permanente de la place. – Crédit : Bordeaux Métropole

Une plinthe carrée porte un socle qui devient octogonal. Autour du fût, quatre pilastres ressemblent à de petits contreforts et se terminent par des clochetons. Des arcs à contre-courbes, couverts de choux frisés et découpés en formes polylobées, abritent quatre statuettes. À l’échelle d’une simple croix de cimetière, le décor déploie ainsi tout le vocabulaire du gothique flamboyant.

Ces détails passent facilement inaperçus. Pour les distinguer, mieux vaut contourner le monument et observer la pierre depuis plusieurs angles. La lumière souligne différemment les reliefs selon l’heure, révélant les figurines, les feuillages et les changements de section du fût.

Un repère historique dans une place très vivante

La croix a été inscrite au titre des monuments historiques le 28 octobre 1926. La notice officielle du ministère de la Culture décrit précisément sa structure et rappelle que seul le fût est ancien. Cette protection permet de conserver l’un des derniers marqueurs visibles de la paroisse disparue.

Le monument dialogue aujourd’hui avec les terrasses, les commerces et la fontaine voisine, dans un quartier profondément transformé depuis le Moyen Âge. – Crédit : Bordeaux Métropole

À proximité, la fontaine Saint-Projet prolonge la lecture historique de la place. Sa sculpture du XVIIIe siècle et son décor évoquant le Peugue et la Devèze rappellent aussi la présence des cours d’eau qui traversent désormais Bordeaux sous terre. Croix, tour et fontaine composent ainsi un ensemble de traces appartenant à des périodes différentes.

Pour comprendre le contexte de l’église et localiser sa tour, la présentation documentée de l’ancienne église Saint-Projet offre un complément utile à la notice patrimoniale. Sur place, aucune visite organisée n’est nécessaire : le monument se découvre librement, à toute heure, au milieu de l’espace public.

Cette accessibilité est sa force. La croix ne demande qu’une pause de quelques minutes, mais elle suffit à changer le regard sur le quartier. Sous les pavés et derrière les façades commerciales demeure une ville ancienne faite de paroisses, de cimetières et de ruelles.

À retenir : la croix Saint-Projet n’est pas seulement un élément décoratif. Elle matérialise un lieu disparu et offre, en pleine promenade, une rencontre directe avec le Bordeaux médiéval. La place se prête particulièrement à cette lecture tôt le matin, lorsque l’activité est plus calme et que le relief des sculptures se distingue nettement.

À lire aussi : Les Vendanges Nocturnes reviennent au Château Trianon pour deux soirées festives au cœur des vignes

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page