Nichée au lieu-dit Arthous, sur la commune d’Hastingues dans les Landes, l’abbaye d’Arthous est l’un de ces lieux où l’histoire se lit à ciel ouvert. Fondée vers 1167 par l’ordre des Prémontrés, cette ancienne abbaye catholique occupe une position stratégique aux confins du Pays d’Orthe, à la croisée des influences béarnaises, basques et aquitaines.
Aujourd’hui restaurée et classée monument historique, elle est devenue un site culturel majeur de Nouvelle-Aquitaine.
Le nom Arthous intrigue depuis longtemps. Longtemps associé, à tort, au roi Arthur, il trouve en réalité son origine dans le gascon médiéval Artós, désignant le chêne vert, arbre dominant le paysage local au XIIᵉ siècle. Ce lien étroit entre le lieu et la nature environnante se ressent encore aujourd’hui, dans l’atmosphère paisible qui enveloppe l’abbaye.
L’église abbatiale, construite dans un style roman tardif, frappe par l’harmonie de son chevet tripartite. L’abside centrale et ses deux absidioles sont richement décorées de chapiteaux et modillons sculptés, dont certains figurent les péchés capitaux, les vertus chrétiennes ou encore des scènes symboliques liées au Salut. D’autres sculptures, plus rares, représentent des chanoines prémontrés tenant des instruments de culte ou participant à la construction même de leur abbaye, témoignage précieux de la vie monastique médiévale.
L’abbatiale n’a pas été construite en une seule fois. Les études archéologiques ont permis d’identifier plusieurs phases successives, du XIIᵉ au début du XIIIᵉ siècle, marquées par l’évolution des techniques et l’apparition d’influences gothiques, notamment sur le portail occidental et les fenêtres hautes de la nef. Cette dernière, longue de près de 33 mètres, était initialement charpentée avant que des tentatives de voûtement, au XVIᵉ siècle, n’entraînent des désordres structurels visibles encore aujourd’hui.

Les bâtiments conventuels, en grande partie reconstruits aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, offrent un bel exemple d’architecture canoniale d’époque moderne. Autour du cloître se déploient le logis abbatial, les anciennes cellules des chanoines et les espaces communautaires. Ces bâtiments témoignent de la renaissance de l’abbaye après les destructions liées aux guerres de Religion, durant lesquelles Arthous fut pillée et incendiée en 1569.
Désacralisée à la Révolution et vendue comme bien national, l’abbaye échappe néanmoins à la ruine totale. En 1964, elle est donnée au département des Landes, qui entreprend une vaste campagne de restauration. Depuis 2003, l’abbaye d’Arthous est devenue un site départemental du patrimoine, abritant le musée départemental d’histoire et d’archéologie.
Ce musée propose un véritable voyage dans le temps, de la Préhistoire à l’époque moderne. On y découvre des collections exceptionnelles issues notamment des fouilles de Sorde-l’Abbaye et de Brassempouy, avec des outils en silex, des objets d’art mobilier, des vestiges gallo-romains et même une barque monoxyle du XVIᵉ siècle. Des dispositifs interactifs, films et reconstitutions rendent la visite accessible à tous les publics.
L’abbaye d’Arthous s’inscrit également dans l’histoire du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Située sur un axe reliant Bordeaux à Ostabat, elle accueillait les pèlerins, notamment les plus démunis, conformément aux principes de l’ordre prémontré. Un hôpital est attesté à proximité dès le XIVᵉ siècle.

Aujourd’hui, l’abbaye est à la fois un lieu de mémoire, un centre de recherche et un espace culturel vivant, proposant expositions, ateliers et événements tout au long de l’année. Visiter l’abbaye d’Arthous, c’est découvrir un site où se croisent spiritualité, art roman et archéologie, au cœur d’un territoire discret mais profondément riche en histoire.
ℹ️ Infos pratiques – Abbaye d’Arthous
📍 Adresse : Abbaye d’Arthous, 40300 Hastingues, Landes, Nouvelle Aquitaine
📅 Ouverture : toute l’année, selon programmation
👣 Visite : libre ou avec expositions temporaires
🌐 Site internet du monument
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