Depuis la fin de l’année 2023, Bordeaux a changé de dimension sur la carte mondiale des télécommunications. Grâce à la mise en service du câble sous-marin Amitié, un corridor numérique de 6 800 kilomètres relie désormais directement la Gironde aux États-Unis. Une infrastructure invisible pour le grand public, mais déterminante : elle positionne la métropole bordelaise comme l’un des hubs numériques les plus stratégiques d’Europe.

Jusqu’alors, l’essentiel du trafic transatlantique transitait par le nord du continent, notamment via Londres ou Amsterdam. L’arrivée d’Amitié a profondément rebattu les cartes. Ce câble de fibre optique relie Lynn, près de Boston, au data center Equinix BX1, situé à Bruges, aux portes de Bordeaux. Capable de transporter jusqu’à 400 térabits par seconde, il offre une latence record de 34 millisecondes entre l’Europe et les États-Unis.
Derrière ces chiffres se cache un enjeu majeur : la performance et la résilience des flux de données. Dans les secteurs financiers, du cloud, du streaming ou de la cybersécurité, chaque milliseconde compte. Une connexion plus rapide et plus directe représente un avantage concurrentiel immédiat. En contournant les nœuds historiquement saturés de Paris ou de Londres, Bordeaux devient un point d’entrée stratégique pour les données transatlantiques.

Le projet Amitié ne répond pas uniquement à une logique technique. Il s’inscrit aussi dans un contexte géopolitique et économique marqué par le post-Brexit et la nécessité pour l’Europe de diversifier ses routes numériques. La configuration du câble, qui relie trois points clés — les États-Unis, la Gironde et le Royaume-Uni — assure une redondance précieuse en cas de panne ou d’incident sur l’un des axes. Cette sécurisation des flux est aujourd’hui un enjeu de souveraineté autant que de compétitivité.
Au cœur de ce dispositif, le data center Equinix BX1 joue un rôle central. Avec ses 300 mètres carrés d’infrastructures techniques, il agit comme un véritable transformateur numérique, redistribuant le trafic transatlantique vers le reste de l’Europe. De Paris à Marseille, de l’Espagne à l’Italie, les flux de données transitent désormais par Bruges avant de rejoindre les réseaux continentaux.
Cette montée en puissance a déjà des effets concrets sur le territoire. Bordeaux attire davantage d’entreprises technologiques, de fournisseurs cloud et d’acteurs de la cybersécurité. Les écoles d’ingénieurs et les universités adaptent leurs formations, tandis que les collectivités locales misent sur l’aménagement de zones d’activités connectées à très haut débit. Même des secteurs traditionnels comme le vin bénéficient de cette connectivité renforcée, notamment pour l’export, la traçabilité ou le marketing numérique.
Conçu pour une durée de vie d’au moins 25 ans, le câble Amitié pourra encore monter en puissance grâce à des évolutions technologiques sans nouveaux travaux sous-marins. À terme, Bordeaux pourrait même accueillir d’autres câbles reliant l’Europe à l’Afrique de l’Ouest ou à l’Amérique latine.
Longtemps perçue comme une métropole régionale tournée vers le vin, l’aéronautique ou le tourisme, Bordeaux s’affirme désormais comme un nœud stratégique de la géographie numérique mondiale. Une transformation silencieuse, mais décisive, à l’heure où la donnée est devenue l’une des principales richesses de l’économie globale.
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