Le projet d’implantation d’une méga-usine de raffinage de nickel et de cobalt en Gironde vient de franchir une étape majeure. À l’issue de l’enquête publique organisée entre décembre 2025 et janvier 2026, la commission d’enquête a rendu un avis favorable à l’installation du site industriel porté par l’entreprise Emme. L’usine devrait voir le jour sur le secteur de Grattequina, en bord de Garonne, à une dizaine de kilomètres de l’hypercentre de Bordeaux.

Ce projet industriel d’envergure vise à transformer du nickel et du cobalt destinés à la fabrication de batteries pour véhicules électriques. Présenté comme un maillon clé de la souveraineté industrielle et de la transition énergétique, l’investissement représente plus de 500 millions d’euros et promet la création d’environ 500 emplois directs et indirects en Gironde. L’État a d’ailleurs classé cette future raffinerie comme un projet d’intérêt national majeur, soulignant son importance stratégique pour la filière des métaux critiques en France.
Une implantation qui suscite de fortes inquiétudes locales
Malgré l’avis favorable de la commission d’enquête, le projet de méga-usine de nickel et de cobalt près de Bordeaux reste très controversé. Le site retenu se situe en zone inondable, au cœur d’un espace naturel reconnu pour son rôle d’absorption des crues de la Garonne. Dans un contexte récent de crues exceptionnelles en Gironde, cette localisation interroge de nombreux riverains et acteurs associatifs.
Classée Seveso seuil haut, l’usine sera considérée comme un site industriel à risques majeurs en raison de la nature des produits traités. Les craintes portent à la fois sur les impacts environnementaux (pollution de l’eau, atteintes à la biodiversité, artificialisation des sols) et sur les risques industriels en cas d’événement climatique extrême. Pour plusieurs associations de protection de l’environnement, ce secteur joue aujourd’hui un rôle de « zone tampon » naturelle, limitant l’ampleur des inondations lors des fortes pluies et des montées de la Garonne.

Des recours juridiques et une demande de débat démocratique
Face à ces enjeux, des habitants de Parempuyre et des communes voisines, ainsi que plusieurs associations environnementales, ont engagé des recours pour contester la compatibilité du projet avec les documents d’urbanisme et de planification territoriale. Ils estiment que l’implantation d’une usine lourde dans ce secteur va à l’encontre des objectifs affichés de protection des zones humides, de limitation de l’artificialisation des sols et de préservation des espaces naturels sensibles autour de Bordeaux Métropole.
Les opposants demandent désormais une prise de position politique claire des élus métropolitains. Une séance exceptionnelle du conseil métropolitain est réclamée afin que les représentants locaux se prononcent publiquement sur ce projet industriel structurant pour la Gironde. Pour eux, la décision ne peut pas être uniquement administrative : elle engage l’avenir du territoire, entre développement économique, emploi industriel et préservation de l’environnement.
Quelles sont les prochaines étapes pour le projet en Gironde ?

L’avis favorable de la commission d’enquête ouvre une nouvelle phase de procédure. Les collectivités locales vont être consultées pour adapter, si nécessaire, les documents d’urbanisme au projet. En parallèle, l’instruction de l’autorisation environnementale se poursuit.
Au terme de ce processus, c’est le préfet de la Gironde qui devra trancher sur l’autorisation finale de la méga-usine de nickel et de cobalt près de Bordeaux. Une décision très attendue, tant par les acteurs économiques que par les habitants et les défenseurs de l’environnement, dans un département déjà fortement exposé aux risques climatiques et aux enjeux de transition écologique.
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