Un projet industriel d’ampleur exceptionnelle divise la Gironde. La société Pure Salmon envisage d’implanter, sur le terminal portuaire du Verdon-sur-Mer, ce qui pourrait devenir la plus grande ferme terrestre de saumons au monde. L’installation prévoirait 24 bassins d’élevage en circuit fermé, destinés à produire près de deux millions de saumons par an, soit 4 à 5 % de la consommation française.
Un projet défendu au nom de la souveraineté alimentaire
Financé par un fonds d’investissement singapourien, Pure Salmon met en avant plusieurs arguments pour défendre son projet. L’entreprise affirme répondre à un enjeu de souveraineté alimentaire, rappelant que 99 % du saumon consommé en France est aujourd’hui importé. Elle promet également un impact économique significatif avec la création annoncée de 250 emplois directs.

Début décembre, la communauté de communes concernée a d’ailleurs voté quasi unanimement en faveur de la construction de l’usine, estimant que le projet pourrait dynamiser un territoire en quête de nouvelles activités industrielles.
Une contestation massive sur le terrain
Malgré ce soutien local institutionnel, le projet provoque une forte opposition citoyenne et environnementale. À la veille de la clôture de l’enquête publique, plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés sur le site prévu pour l’usine. Plus de 20 000 contributions ont été déposées, dont une immense majorité défavorables.
Les opposants dénoncent un projet jugé disproportionné, susceptible de menacer l’écosystème fragile de l’estuaire de la Gironde, le plus vaste d’Europe. Ils alertent sur une consommation importante d’eau et d’énergie, ainsi que sur les rejets de boues issus de l’élevage, qui pourraient impacter la pêche et la conchyliculture locales.
Un débat qui s’invite au Parlement

La polémique dépasse désormais le cadre local. Plusieurs parlementaires réclament un moratoire national sur ce type de projets. La députée LFI Anne Stambach-Terrenoir, accompagnée des écologistes Damien Girard et Benoît Biteau, demande l’instauration d’un moratoire de dix ans sur les fermes-usines de saumons en circuit fermé.
Soutenue par une centaine de parlementaires et 27 organisations environnementales, cette initiative vise à suspendre les projets en cours, dont celui de Pure Salmon, jugé « le plus grand élevage intensif terrestre de saumons au monde ». Les signataires appellent également la ministre de la Mer à se positionner clairement contre ces installations et demandent au préfet de Gironde de ne pas délivrer d’autorisation environnementale.
Des garanties contestées par les experts
Pure Salmon assure que sa technologie est avancée et maîtrisée, garantissant un impact limité sur la biodiversité et plaçant le bien-être animal au cœur du projet. L’entreprise affirme aussi que l’alimentation des poissons, à base de farines et huiles de poissons ainsi que de soja, répond à des normes strictes de traçabilité et de responsabilité.
Ces assurances ne convainquent pas totalement. Plusieurs instances, dont la Commission locale de l’eau, le BRGM et le Conseil scientifique de l’estuaire de la Gironde, ont rendu des avis défavorables, pointant des « imprécisions » et des manques dans le dossier présenté.
Alors que d’autres projets similaires ont été contestés ou abandonnés ailleurs en France, l’avenir de la ferme à saumons du Verdon-sur-Mer reste incertain. Entre ambitions industrielles, enjeux alimentaires et préoccupations environnementales, le débat est loin d’être clos en Gironde.
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