L’inquiétude grandit dans le vignoble bordelais. À peine six mois après un accord commercial fragile entre les États-Unis et l’Union européenne, Donald Trump ravive les tensions commerciales en menaçant d’imposer une hausse spectaculaire des droits de douane pouvant atteindre 200 % sur les vins et champagnes français. Une annonce qui suscite à la fois lassitude, colère et crainte au sein de la filière viticole.

Une menace déjà connue, mais toujours aussi déstabilisante
Ce n’est pas la première fois que le président américain agite la menace de surtaxes massives sur les vins européens. Au printemps 2025 déjà, une hausse similaire avait été évoquée avant d’être abandonnée. Mais cette nouvelle sortie, ciblant explicitement les vins et champagnes français, inquiète davantage.
« Cela devient lassant et ça interroge la fiabilité des États-Unis comme partenaire commercial », confie Allan Sichel, négociant bordelais. « Une taxe de 200 % tuerait tout simplement le marché américain. Aucun produit ne peut résister à une telle augmentation. »
Les États-Unis, pilier des exportations bordelaises
L’enjeu est de taille : les États-Unis constituent le premier marché à l’export pour les vins de Bordeaux. Ils représentent environ 20 % des volumes exportés, soit près de 30 millions de bouteilles expédiées en 2024, pour une valeur estimée à 417 millions d’euros.
Pour Bernard Farges, président du Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB), l’escalade est incompréhensible : « On est passés de 10 % à 25 %, puis à 200 %. Pourquoi pas 400 % ? C’est totalement hors de notre champ d’action. Nous ne pouvons que subir. »

Cette instabilité intervient alors que le vignoble bordelais traverse déjà une crise profonde, marquée par une baisse de la consommation, des stocks élevés et une pression accrue sur les prix, y compris sur le marché français.
Un risque majeur pour toute la filière, y compris américaine
Au-delà de Bordeaux, c’est l’ensemble de la filière viticole française qui serait touchée. En 2024, les vins, champagnes et spiritueux français ont généré 16,5 milliards d’euros d’exportations, contribuant positivement à la balance commerciale française à hauteur de 14,4 milliards d’euros. Les États-Unis représentent à eux seuls près d’un quart de ce total, avec environ 3,8 milliards d’euros.
Les distributeurs américains seraient eux aussi pénalisés. Selon NielsenIQ, 36 % des vins et spiritueux vendus aux États-Unis sont importés, dont 7 % de produits français. Une hausse brutale des droits de douane entraînerait mécaniquement une flambée des prix pour les consommateurs américains.
Diversifier pour survivre

Face à cette dépendance risquée, la filière bordelaise cherche des alternatives. La récente signature de l’accord commercial avec le Mercosur pourrait ouvrir de nouveaux débouchés en Amérique du Sud, même si ces marchés ne compenseront pas à court terme une fermeture du marché américain.
Pour les viticulteurs bordelais, l’heure est donc à la vigilance. Entre incertitudes géopolitiques et fragilité économique, les vins de Bordeaux avancent sur une ligne de crête, suspendus aux décisions politiques venues de Washington.
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