Deux journées d’enchères ont suffi à disperser l’intégralité de la cave du Gabriel. Vendredi 9 octobre, les derniers lots du restaurant bordelais avaient trouvé preneur : environ 7 800 bouteilles réunies en 1 528 lots, pour un total proche de 900 000 euros. Derrière le résultat spectaculaire, la vente répond à une situation plus sombre. L’établissement, autrefois doublement étoilé, a été placé en liquidation judiciaire en juin et le produit des adjudications doit alimenter son actif.
Un total qui ne se confond pas avec un bénéfice
Le chiffre final dépasse le montant auquel le stock avait été acquis, évalué à 500 000 euros. Il ne doit pourtant pas être confondu avec un bénéfice pour le restaurant. Dans une liquidation, l’argent récupéré lors de la vente rejoint la procédure et ses règles de répartition. Les presque 900 000 euros décrivent le résultat commercial des enchères ; ils ne disent ni ce que percevront les créanciers ni ce qu’il restera une fois les frais et obligations traités.

Le lot le plus cher donne une idée du niveau de certaines bouteilles. Une Romanée-Conti 2020 du Domaine de la Romanée-Conti a été adjugée 16 600 euros hors frais. Trois flacons de ce vin figuraient dans la cave. Cette adjudication ne résume toutefois pas la vente : la valeur totale provient de milliers de bouteilles et de plusieurs catégories d’alcools, proposés à des acheteurs aux budgets et aux attentes très différents.
Bourgognes, bordeaux et champagnes sous le marteau
Les vins de Bourgogne ont suscité une forte compétition, principalement auprès d’acheteurs français. Les grands bordeaux représentaient environ un quart de l’ensemble. Les champagnes millésimés ont également contribué à l’activité des deux journées. La vente pouvait être suivie en direct sur les plateformes Drouot et Interenchères, ce qui élargissait la participation au-delà des personnes présentes dans la salle. Les résultats montrent la capacité d’une cave constituée pour une table gastronomique à trouver des acquéreurs lot par lot.

Pour Antoine Briscadieu, le commissaire-priseur, le total obtenu dépasse les estimations du catalogue. Le résultat tient à la qualité et à la rareté de certaines références, mais aussi à la profondeur de la sélection. Une cave de restaurant ne s’assemble pas en une seule commande. Elle se construit à mesure que les sommeliers choisissent des millésimes, suivent les producteurs et ajustent les bouteilles aux plats et aux clients. La vente met fin à cette cohérence de service en séparant les flacons.
Une cave construite par les sommeliers
Des membres de l’équipe de sommellerie sont venus assister à la dispersion de cette collection qu’ils avaient constituée. La somme réalisée mesure la valeur marchande de la cave, mais ne restitue pas le travail qui avait permis de la composer.

Le Gabriel avait déjà fait l’objet d’une annonce de vente de ses bouteilles. La nouveauté est désormais le résultat : tous les lots ont été adjugés, et le montant atteint près de 900 000 euros. C’est une étape importante de la procédure de liquidation, pas une annonce de reprise du restaurant. Une autre actualité concerne l’avenir du lieu ; elle ne doit pas être confondue avec cette vente, qui porte exclusivement sur les vins, champagnes et spiritueux.
Le résultat d’une liquidation
La dernière adjudication clôt donc un chapitre très concret de l’histoire du Gabriel. Le chiffre impressionne, particulièrement pour une cave dont le stock avait été acquis 500 000 euros. Il rappelle aussi la fragilité des grandes tables : une sélection reconnue, même valorisée par des collectionneurs, peut être séparée du projet qui lui donnait son sens. À Bordeaux, les 1 528 lots ont trouvé de nouveaux propriétaires ; la cave du restaurant, elle, n’existe plus comme ensemble.
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