Une doctorante bordelaise figure parmi les 35 lauréates françaises du prix L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science 2026. Kadidiatou Touré, rattachée au laboratoire EPOC, travaille sur l’hydrogène naturel présent dans le sous-sol. Cette distinction met en lumière une recherche encore émergente, à la frontière de la géologie et de la transition énergétique.

Parmi quelque 820 candidatures, son nom a été retenu. Kadidiatou Touré rejoint la promotion 2026 du prix français L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science, annoncée début octobre. La doctorante mène ses travaux au laboratoire EPOC, associé à l’Université de Bordeaux. Le sujet paraît technique ; il touche pourtant une question très concrète : peut-on repérer, comprendre et, un jour, utiliser de l’hydrogène produit naturellement par la Terre ?
Une recherche bordelaise sur l’hydrogène naturel
L’hydrogène naturel, parfois appelé hydrogène natif, ne suit pas le même parcours que l’hydrogène fabriqué dans une usine. Il résulte de phénomènes géologiques et peut circuler ou s’accumuler sous terre. Avant d’envisager le moindre usage industriel, les chercheurs doivent déterminer où il se forme, comment il migre et dans quelles conditions il pourrait être détecté. C’est dans ce champ d’étude que s’inscrit le travail de Kadidiatou Touré.
Ses recherches portent notamment sur la production et l’accumulation de l’hydrogène dans différents contextes géologiques. Une présentation de sa thèse publiée par Bordeaux INP cite des terrains étudiés en Albanie et des mécanismes d’altération des roches continentales. Ces travaux ne signifient pas qu’une ressource exploitable a déjà été mise au jour en Gironde. Ils cherchent d’abord à établir les processus physiques et chimiques qui permettraient de mieux comprendre cette ressource potentielle.

Le prix récompense donc une démarche de recherche, pas l’annonce d’une découverte prête à être commercialisée. Cette distinction arrive alors que l’hydrogène suscite un intérêt croissant dans les politiques énergétiques. La prudence reste de mise : la présence d’hydrogène dans le sous-sol, son extraction éventuelle et son bilan environnemental sont trois questions différentes. Les réponses dépendront de mesures, de forages et d’évaluations scientifiques propres à chaque site.
Une lauréate parmi 35 scientifiques distinguées en France
La promotion 2026 rassemble 35 doctorantes et postdoctorantes issues de disciplines variées. Selon l’Académie des sciences, près de 820 dossiers ont été examinés par un jury de plus de 50 membres. L’édition marque les vingt ans du prix en France. Elle associe la Fondation L’Oréal, l’Académie des sciences et la Commission nationale française pour l’UNESCO.
La sélection porte autant sur la qualité du parcours scientifique que sur la visibilité donnée aux jeunes chercheuses. La sous-représentation des femmes dans plusieurs filières scientifiques demeure un enjeu national. Dans cette promotion, les travaux distingués vont de la santé à l’informatique, en passant par la chimie et les sciences de la Terre. Le projet de la doctorante bordelaise appartient à cette dernière famille, avec une dimension énergétique évidente.

Pour Bordeaux, ce prix rend surtout visible le travail patient d’un laboratoire et d’une doctorante. La recherche sur l’hydrogène naturel avance par hypothèses testées, résultats discutés et comparaisons entre terrains. Elle ne se résume ni à une promesse de carburant immédiat ni à un gisement confirmé. La reconnaissance de Kadidiatou Touré souligne la place prise par ces questions géologiques dans le débat sur les énergies de demain.
La récompense intervient à un moment où l’on demande souvent aux scientifiques d’apporter des solutions rapides. Sa portée est différente : elle distingue une enquête de fond sur une ressource encore mal connue. Pour le laboratoire bordelais, elle offre aussi une vitrine nationale à des travaux qui se déroulent loin des effets d’annonce, au rythme des observations et des analyses.
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