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Caisse d’Épargne de Mériadeck : l’architecture organique cachée au cœur de Bordeaux

Au milieu des lignes ordonnées de Mériadeck, un bâtiment refuse obstinément les angles droits. L’ancienne Caisse d’Épargne, achevée en 1977, déploie ses volumes circulaires et ses murs inclinés au 61, rue du Château-d’Eau. Longtemps familière sans être vraiment regardée, cette œuvre d’Edmond Lay est aujourd’hui protégée au titre des monuments historiques et raconte une autre manière d’imaginer Bordeaux.

Une vue générale du bâtiment permettra d’apprécier ses plateaux circulaires et sa silhouette singulière au cœur de Mériadeck. – Crédit :

Un édifice qui rompt avec la trame de Mériadeck

Lorsque l’on traverse le quartier, le contraste est immédiat. Autour, les immeubles reposent largement sur la logique de dalle et les formes géométriques qui ont accompagné la reconstruction de Mériadeck. Ici, l’architecture paraît plus libre, presque sculptée. Les façades ne cherchent ni la symétrie parfaite ni la répétition. Elles avancent, reculent et s’inclinent, tandis que les étages semblent constitués de grands plateaux superposés.

Cette différence n’est pas un accident. L’architecte Edmond Lay, associé au projet avec Pierre Dugravier et l’agence Layre & Cassou, défendait une architecture attentive aux usages, à la lumière et aux sensations. Son travail est souvent rapproché de l’architecture organique : le bâtiment doit former un ensemble vivant, adapté à son environnement plutôt qu’imposer une grille rigide.

Des courbes, de la pierre et un atrium central

L’ancienne banque est organisée autour d’un atrium qui distribue les espaces intérieurs. Ce vide central apporte de la lumière et donne une cohérence à un programme pourtant complexe. Les volumes s’articulent sur dix-sept niveaux, avec une circulation pensée comme un parcours plutôt que comme une simple succession de couloirs.

Un détail de façade montrera le dialogue entre pierre, béton et lignes courbes imaginé pour cette réalisation bordelaise des années 1970. – Crédit :

À l’extérieur, le parement de pierre adoucit la puissance du béton. Les murs obliques, les terrasses et les arrondis produisent des perspectives changeantes selon l’endroit où l’on se place. Cette architecture ne se révèle donc pas en une seule image : elle demande de tourner autour d’elle, de lever les yeux et d’observer la manière dont ses niveaux se répondent.

Le bâtiment témoigne aussi d’une période où les sièges bancaires cherchaient à exprimer leur solidité sans renoncer à l’innovation. Au lieu d’un palais financier traditionnel, Edmond Lay imagine une construction monumentale mais accueillante, dont les courbes atténuent l’échelle. Même fermée au public ou observée depuis la rue, elle demeure l’un des repères les plus étonnants du centre administratif bordelais.

Une reconnaissance patrimoniale récente

Son intérêt a fini par être officiellement reconnu. L’édifice a été classé monument historique le 14 janvier 2022, une protection remarquable pour une construction de la seconde moitié du XXe siècle. La notice de la base POP du ministère de la Culture souligne notamment son caractère novateur et la rupture qu’il introduit dans le plan urbain environnant.

Une photographie intérieure pourra révéler l’atrium central, véritable cœur lumineux autour duquel se distribuent les différents espaces du bâtiment. – Crédit :

Cette protection invite à changer de regard sur Mériadeck. Le patrimoine bordelais ne se limite pas aux façades blondes du XVIIIe siècle : il comprend aussi les expérimentations des Trente Glorieuses et des décennies suivantes. La documentation photographique officielle permet d’ailleurs d’en mesurer la richesse lorsque l’accès intérieur n’est pas possible.

Un détour à faire les yeux levés

Pour le découvrir, le plus simple reste de rejoindre la rue du Château-d’Eau depuis l’hôtel de ville ou le centre commercial. Quelques minutes suffisent pour comprendre combien sa silhouette tranche avec le Bordeaux classique. Il faut regarder les raccords entre les volumes, les effets d’ombre sous les plateaux et cette pierre qui donne au béton une tonalité presque locale.

L’ancienne Caisse d’Épargne rappelle enfin qu’un monument n’a pas besoin d’être ancien pour mériter l’attention. À moins de cinquante ans lors de son classement, elle portait déjà une histoire, une vision et un savoir-faire. Mériadeck possède ici l’une de ses signatures architecturales majeures, discrète à hauteur de piéton, spectaculaire dès que l’on prend le temps de l’observer.

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