Sur les rails du Verdon-sur-Mer, un véhicule inhabituel multiplie les accélérations et les freinages. Ferromobile teste en Gironde une navette électrique autonome destinée aux petites lignes ferroviaires. Le prototype, capable d’accueillir six à huit passagers, doit encore franchir plusieurs étapes techniques et réglementaires. Si les essais sont concluants, ses promoteurs espèrent engager sa commercialisation dès 2028.

Un prototype testé sur les voies du Port de Bordeaux
L’expérimentation se déroule sur une voie ferrée privée située au Verdon-sur-Mer, au nord de la Gironde. Cette infrastructure de quelques kilomètres appartient au Grand Port maritime de Bordeaux et longe l’estuaire. Fermée à la circulation ferroviaire commerciale, elle permet aux équipes de réaliser des essais en conditions réelles sans perturber les trains de voyageurs ou de marchandises.
Le véhicule repose sur un Peugeot Traveller électrique équipé d’essieux ferroviaires. Il peut dépasser 100 km/h sur les rails. Plus de 170 capteurs surveillent le freinage, les vibrations, la température et le positionnement. Plusieurs centaines de millions de données ont déjà été recueillies pour éprouver sa fiabilité.
Une navette légère pour redonner vie aux petites lignes
Ferromobile ne cherche pas à remplacer les TER sur les axes fréquentés. La société vise des lignes rurales peu utilisées, parfois abandonnées parce que leur rénovation coûte trop cher. Une flotte de petits véhicules pourrait proposer des départs fréquents, adaptés à la demande locale.
La navette peut quitter les rails sur des plateformes spécialement aménagées. Cette faculté servirait à prendre des passagers, effectuer un demi-tour ou laisser passer un autre véhicule. En revanche, le prototype testé aujourd’hui n’est pas autorisé à circuler librement sur la route. Sa capacité limitée à six ou huit personnes impose aussi d’imaginer plusieurs navettes plutôt qu’un train unique aux heures les plus chargées.

Des coûts annoncés bien inférieurs au ferroviaire classique
Le projet est porté par la société Ferromobile, détenue par le fonds Made in France d’Arnaud Montebourg, et soutenu par France 2030. Selon ses partenaires, la remise en état d’une voie pourrait revenir à environ 200 000 euros par kilomètre, contre des montants jusqu’à dix fois supérieurs pour une rénovation classique.
L’Université Gustave Eiffel participe aux recherches sur la gestion du trafic, les télécommunications, le positionnement et la sécurité des véhicules autonomes. Ces travaux sont essentiels pour organiser les croisements, sécuriser les passages à niveau et garantir le fonctionnement d’une flotte sans conducteur.

2028, un objectif encore soumis aux essais
Après les campagnes techniques en Gironde, des essais avec des passagers sont annoncés pour la fin de l’année 2026. Ils devront permettre d’évaluer le confort, l’accessibilité et l’acceptation du service. Les procédures d’homologation et le modèle économique restent également à consolider avant tout déploiement.
La commercialisation en 2028 constitue donc un objectif, et non une date de mise en circulation garantie en Gironde. Les essais du Verdon placent néanmoins le territoire bordelais au cœur d’une innovation qui pourrait offrir une nouvelle solution de mobilité aux secteurs ruraux aujourd’hui dépendants de la voiture.
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