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Logement social en Nouvelle-Aquitaine : Domofrance craint de ne plus pouvoir construire au même rythme

Domofrance veut continuer à produire environ 2 000 logements par an, mais son directeur général Francis Stéphan juge ce rythme difficile à préserver au-delà des prochaines années. Le bailleur, l’un des principaux de Nouvelle-Aquitaine, subit la hausse de ses charges financières et une baisse de recettes liée à la réduction du loyer de solidarité. Ce diagnostic ne concerne pas seulement ses comptes : lorsque la construction ralentit, les ménages en attente d’un logement social voient les délais s’allonger.

Deux mille logements par an, une demande bien plus large

Francis Stéphan indique que Domofrance produit environ 2 000 logements chaque année depuis cinq ans et pense pouvoir maintenir ce rythme pendant encore deux ou trois ans. Les 53 bailleurs sociaux de la région en produiraient ensemble près de 9 000 par an, selon ses chiffres. Même à ce niveau, les créations de logements ne suffisent pas à absorber les besoins accumulés. Un logement neuf ne répond pas nécessairement à une demande dans la même commune.

Les chiffres clés publiés par Domofrance font état de 59 600 logements équivalents en 2025. Le périmètre de ce comptage importe : les présentations publiques arrondissent souvent le parc à près de 60 000, mais toutes les sources ne retiennent pas exactement la même catégorie de logements. L’ampleur du bailleur rend ses arbitrages importants pour l’ensemble du marché régional.

Domofrance indique produire environ 2 000 logements par an, un rythme que sa direction juge difficile à garantir durablement. Ce rythme devrait tenir encore quelques années.

La mécanique financière se grippe

Deux pressions se cumulent selon le dirigeant. D’un côté, la hausse du taux du Livret A renchérit les prêts de long terme utilisés pour financer les logements sociaux. De l’autre, la réduction du loyer de solidarité amputerait les recettes de Domofrance de 12 millions d’euros par an. Les loyers constituent une part essentielle de la capacité à rembourser les emprunts et à réinvestir. Lorsque cette marge diminue, lancer de nouvelles opérations devient plus difficile.

Le bailleur dit chercher des fonds européens, affiner le montage de ses projets et compter sur le soutien d’Action Logement. Il utilise aussi la vente de logements pour dégager des fonds propres : Francis Stéphan évoque environ 450 ventes par an et estime qu’une vente peut financer trois logements neufs. Cette stratégie crée un effet de levier, mais elle pose aussi une question de parc : les logements vendus sortent du patrimoine locatif du bailleur.

Hausse des charges d’emprunt et réduction de recettes pèsent sur les fonds que le bailleur peut consacrer aux constructions neuves.

Construire ne suffit pas : il faut aussi adapter

Domofrance annonce avoir investi environ 650 millions d’euros en 2025 dans la construction, l’entretien et la rénovation de son patrimoine. Le dirigeant veut maintenir cet effort en 2026 et probablement en 2027, sans garantir la suite. Une partie des dépenses sert à améliorer les logements existants, pas à en créer de nouveaux. Confondre les deux gonflerait artificiellement la capacité de réponse à la demande.

L’isolation énergétique a occupé une grande place dans les rénovations récentes. La multiplication des fortes chaleurs oblige maintenant, selon Francis Stéphan, à penser aussi le confort d’été. Le vieillissement des locataires ajoute une autre exigence : adapter les logements et les services à des personnes moins mobiles. Le parc social doit donc répondre simultanément au manque de logements, au coût de l’énergie et à l’évolution de ses habitants.

La rénovation du parc existant doit désormais intégrer le confort d’été et l’adaptation au vieillissement des locataires. Ces dépenses ne créent pas toutes des logements.

Un horizon politique et un temps de chantier long

Le directeur général estime qu’il faut en moyenne cinq ans pour mener un projet immobilier à son terme. Les décisions foncières et les permis pris aujourd’hui se traduiront donc en livraisons bien après les prochains arbitrages budgétaires. C’est pourquoi Domofrance demande de simplifier certaines procédures et d’apporter rapidement de la visibilité aux bailleurs. Ces demandes reflètent sa position d’opérateur ; elles n’épuisent pas le débat sur les règles de construction.

Pour les demandeurs, les logements réellement disponibles comptent davantage que les objectifs annoncés. Le parcours commence par une demande enregistrée dans le système national, valable auprès des bailleurs. Mais la question politique reste celle de l’offre : si les acteurs ne peuvent maintenir l’investissement après 2027, la file d’attente ne se résorbera pas par une meilleure gestion des dossiers seulement.

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