À quelques pas de la place de la Victoire, la rue Lalande abrite un édifice discret mais capital dans l’histoire médicale bordelaise. Derrière sa façade académique se cache un amphithéâtre de chirurgie commencé en 1753, l’un des très rares encore conservés en France. Agrandie au XIXe siècle puis devenue annexe de la Bourse du travail, l’ancienne école raconte l’évolution des savoirs et de la ville.

Louis XV autorise un amphithéâtre en 1752
Au milieu du XVIIIe siècle, les chirurgiens bordelais souhaitent disposer d’un lieu adapté à leur formation. En 1752, Louis XV autorise leur communauté à faire bâtir, à ses frais, un amphithéâtre de chirurgie. Les travaux commencent l’année suivante sous la conduite de Letellier et Nicolas Portier, ancien élève de Jacques Gabriel. Le projet affirme la volonté de structurer un enseignement médical moderne.
L’amphithéâtre est d’abord isolé au milieu d’une cour. Son volume forme un octogone allongé, tandis que l’intérieur dessine une salle ovale. Une partie des gradins anciens demeure conservée. Cette disposition permettait aux élèves d’observer les démonstrations et les cours depuis plusieurs niveaux, dans un espace entièrement organisé autour de la transmission du geste.
Une nouvelle école construite en 1852
Les progrès de la médecine imposent bientôt des locaux plus vastes. L’ensemble est réorganisé au XIXe siècle, sans sacrifier l’amphithéâtre du XVIIIe. L’architecte Charles Burguet réalise en 1852 un bâtiment rectangulaire qui enveloppe et complète la première construction. Cette continuité fait aujourd’hui la singularité exceptionnelle du site.

La façade suit un vocabulaire académique. Au rez-de-chaussée, des avant-corps symétriques sont encadrés par des pilastres et des colonnes doriques cannelées. À l’étage, neuf arcatures aveugles rythment l’élévation. La façade sud reprend cette composition mesurée, très différente des décors plus démonstratifs visibles sur certaines facultés de la Troisième République.
L’école témoigne aussi d’une période de transition. La chirurgie, longtemps rattachée aux pratiques artisanales, gagne progressivement une reconnaissance scientifique et institutionnelle. Les salles de cours, l’amphithéâtre et la régularité du plan traduisent une discipline qui cherche son cadre, ses méthodes et sa légitimité.
Un bâtiment protégé et plusieurs fois reconverti
Après le départ de l’enseignement médical, l’édifice devient notamment une annexe de la Bourse du travail. Ses usages changent, mais ses éléments essentiels survivent. Les façades, les toitures, le hall et l’amphithéâtre avec ses gradins sont classés au titre des monuments historiques depuis le 13 septembre 1990.

La notice officielle de la base POP souligne un fait remarquable : cet amphithéâtre du XVIIIe siècle compte parmi les seuls conservés avec ceux de Paris et de Montpellier. Cette rareté donne au bâtiment une portée qui dépasse largement l’histoire locale.
Une délibération de la Ville de Bordeaux consacrée à la réhabilitation du 40-42 rue Lalande documente également les transformations contemporaines du site et l’installation d’un centre culturel. Le monument n’est donc pas présenté comme un musée accessible en permanence.
Depuis la rue, la façade se regarde facilement, mais l’amphithéâtre reste un trésor intérieur. Les éventuelles ouvertures patrimoniales doivent être vérifiées auprès des organismes concernés. Cette part d’inaccessibilité entretient le caractère secret d’un lieu pourtant essentiel à l’histoire des sciences.
À retenir : l’ancienne école ne se résume pas à son élégante façade. Elle conserve un outil pédagogique conçu il y a près de trois siècles, où l’architecture elle-même organisait l’apprentissage. C’est un chapitre rare de la médecine française caché au centre de Bordeaux. Le contraste entre la façade publique et la salle ovale intérieure résume parfaitement l’intérêt du monument : une architecture sobre en apparence, mais conçue autour d’un outil scientifique exceptionnel.
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