L’économie girondine traverse un passage particulièrement délicat. Au deuxième trimestre 2026, le chiffre d’affaires, la trésorerie, les carnets de commandes et les marges des entreprises atteignent des niveaux rarement observés dans le département. Les cafés, hôtels et restaurants apparaissent en première ligne, mais aucun grand secteur n’échappe au ralentissement. Le nouveau baromètre de la CCI Bordeaux Gironde dessine ainsi un été placé sous le signe de la prudence.

Des indicateurs économiques au plus bas en Gironde
Le constat dressé par le baromètre économique de la CCI Bordeaux Gironde est sans détour. L’indice lié au chiffre d’affaires tombe à -27, quatre points sous son niveau du trimestre précédent. La trésorerie recule à -38, les marges à -32 et les carnets de commandes à -28. Ces soldes d’opinion mesurent l’écart entre les réponses positives et négatives des dirigeants : ils ne correspondent donc pas à une baisse en pourcentage, mais ils rendent très clairement compte du climat des affaires.
Dans le détail, 94 % des établissements interrogés disent avoir rencontré des difficultés au cours du trimestre. La baisse de la demande arrive en tête, citée par 40 % des répondants, devant l’inflation à 30 %. Le carburant, les charges, les matières premières, la concurrence et l’énergie complètent une liste qui pèse directement sur les comptes des entreprises de Bordeaux et de toute la Gironde.
Les cafés, hôtels et restaurants particulièrement fragilisés
Le signal le plus préoccupant vient des cafés, hôtels et restaurants. Leur indice de chiffre d’affaires s’établit à -50 et celui de la trésorerie plonge à -57, un plancher inédit dans cette enquête. Seuls 42 % des responsables du secteur restent confiants dans la pérennité de leur établissement, tandis que 8 % seulement disent croire à une amélioration de l’économie nationale. Pour un territoire très dépendant du tourisme, de la restauration et de la saison estivale, cette tension mérite une attention particulière.

Le BTP n’est pas épargné : l’indice des marges y chute à -42, sur fond de carnets de commandes faibles et de trésoreries sous pression. Le commerce affiche un chiffre d’affaires à -31 malgré une fréquentation un peu moins dégradée. L’industrie et les services enregistrent eux aussi un recul de l’activité, ce qui donne à cette baisse un caractère largement partagé.
Créations d’établissements en recul et procédures en hausse
Le tissu économique continue pourtant de se renouveler. 6 871 établissements ont été créés en Gironde au deuxième trimestre, dont 4 833 dans l’arrondissement de Bordeaux. Ce dernier concentre ainsi 70 % des créations départementales. Mais le total recule nettement par rapport au deuxième trimestre 2025, même si la CCI prévient qu’un décalage administratif peut minorer les chiffres les plus récents.
Dans le même temps, 703 ouvertures de procédures judiciaires ont été enregistrées, dont 340 liquidations judiciaires simplifiées. La tendance rejoint le constat du tableau de conjoncture de l’Insee en Nouvelle-Aquitaine, qui signalait déjà une progression des défaillances d’entreprises sur douze mois en Gironde. Les périmètres statistiques diffèrent, mais les deux sources décrivent une fragilité persistante.

Une confiance faible, malgré un léger mieux attendu
Le moral des dirigeants reste très bas. 12 % seulement se déclarent confiants dans l’économie nationale, tandis que 57 % croient encore à la pérennité de leur propre entreprise. L’emploi demeure lui aussi peu dynamique : 19 % des établissements avaient un projet de recrutement et 39 % de ces projets ont totalement abouti. Plus d’un recruteur sur deux dit avoir rencontré des difficultés, principalement par manque de candidats.
Le troisième trimestre pourrait offrir un peu d’air, avec des prévisions moins mauvaises pour l’activité et la trésorerie. Les dirigeants restent néanmoins très prudents : le taux d’investissement attendu tombe à 12 %, quatre points de moins qu’au printemps. Réalisée du 29 juin au 7 juillet auprès de 600 chefs d’entreprise, l’enquête ne prédit pas l’avenir, mais elle confirme que l’économie girondine entre dans l’été sans véritable marge de sécurité.
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