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Fontaine Saint-Projet : trois robinets et tout un récit de Bordeaux sous la pierre

Au milieu de la rue Sainte-Catherine, la place Saint-Projet offre une respiration où l’histoire se lit jusque sur un point d’eau encore utilisé. La fontaine Saint-Projet rassemble des allégories des rivières enfouies, des trophées maritimes et les trois croissants bordelais. Classée depuis 1908, cette façade sculptée mérite bien davantage qu’un regard pressé entre deux boutiques du centre-ville historique de Bordeaux.

Un point d’eau au cœur de l’axe le plus fréquenté

La fontaine est imbriquée dans le mur sud de la place Saint-Projet, directement accessible depuis la rue Sainte-Catherine. Son emplacement n’a rien d’anodin : le secteur fut longtemps un carrefour vivant, organisé autour d’une église aujourd’hui disparue. Le monument reprend le nom de saint Projet, évêque auvergnat du VIIe siècle également appelé saint Priest. Le lieu conserve ainsi la mémoire d’un quartier ancien sous son visage commerçant.

L’œuvre est attribuée au sculpteur flamand Michiel van der Voort et date du début du XVIIIe siècle. Sa fonction reste visible grâce aux trois robinets temporisés qui distribuent de l’eau potable. La fontaine n’est donc pas seulement un décor protégé : elle continue de rendre un service concret, exactement là où passent chaque jour des milliers de piétons.

Vue du lieu à Bordeaux
Vue du monument bordelais présentée dans l’article, choisie en haute définition depuis la galerie encyclopédique consacrée à ce lieu – Crédit : Wikimedia Commons

Peugue et Devèze réapparaissent en personnages

Deux figures dominent la composition : une femme et un homme personnifient le Peugue et la Devèze. Ces rivières traversaient autrefois Bordeaux à ciel ouvert avant d’être progressivement canalisées et enfouies. Leur confluence a joué un rôle déterminant dans l’installation de la ville antique. La fontaine fait donc remonter à la surface une géographie devenue invisible, grâce à la sculpture plutôt qu’à une carte.

En levant les yeux, on distingue également les trois croissants entrelacés, emblème familier de Bordeaux, entourés de fleurs et de fruits. Des coquilles Saint-Jacques et une corne d’abondance complètent ce vocabulaire. Pour replacer ces signes dans leur contexte, la Ville de Bordeaux explique l’origine de ses petites armoiries et de leurs croissants.

Vue du lieu à Bordeaux
Vue du monument bordelais présentée dans l’article, choisie en haute définition depuis la galerie encyclopédique consacrée à ce lieu – Crédit : Wikimedia Commons

Un décor tourné vers le fleuve et le commerce

Sous le cartouche de marbre rouge apparaissent une proue de navire, un gouvernail, un trident et des harpons. Ces trophées maritimes rappellent la puissance du port et la relation constante de Bordeaux avec la Garonne. La pierre associe ainsi l’eau de consommation, les rivières locales et l’horizon océanique dans un même récit particulièrement dense.

Le cartouche porte aussi une longue inscription dorée évoquant le règne de Louis XV et les responsables municipaux de l’époque. Même difficile à lire depuis la place, elle inscrit le monument dans l’organisation politique de la ville. La fiche officielle de la fontaine Saint-Projet précise les éléments protégés et son classement au titre des monuments historiques.

Vue du lieu à Bordeaux
Vue du monument bordelais présentée dans l’article, choisie en haute définition depuis la galerie encyclopédique consacrée à ce lieu – Crédit : Wikimedia Commons

Comment bien la regarder aujourd’hui

Le meilleur recul se trouve au centre de la petite place. Depuis ce point, la silhouette entière devient lisible, des robinets au fronton. Il faut ensuite s’approcher pour repérer les fruits, les coquilles, les instruments marins et le contraste entre le calcaire et le marbre. Cette alternance de vues change complètement la perception du monument.

L’accès est libre à toute heure depuis l’espace public. Quelques minutes suffisent pour transformer une pause en leçon d’histoire urbaine. La fontaine Saint-Projet possède ce talent rare : elle reste familière aux Bordelais tout en conservant assez de détails cachés pour surprendre celles et ceux qui pensent déjà connaître la rue Sainte-Catherine.

La visite peut aussi devenir un jeu d’observation en famille. Chercher le gouvernail, les coquilles, les fruits ou les trois croissants oblige à parcourir la façade du regard. Le monument révèle alors son programme comme une bande dessinée de pierre. Chaque symbole répond à un chapitre de Bordeaux : l’eau, le pouvoir municipal, le commerce du port et les rivières fondatrices.

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