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Fontaine Sainte-Croix : le discret monument bénédictin caché près des quais de Bordeaux

À deux pas de l’abbatiale et des quais, un escalier descend vers un décor que beaucoup de promeneurs bordelais ne remarquent jamais. La fontaine Sainte-Croix, installée dans le square Dom-Bedos, mêle l’histoire des bénédictins à celle des anciennes murailles de la ville. Érigée en 1735 et classée monument historique, elle offre une halte étonnante dans un quartier profondément transformé.

Une fontaine née dans l’ombre de l’abbaye

La fontaine se trouve derrière l’actuelle École des beaux-arts, sur un terrain autrefois occupé par l’abbaye bénédictine Sainte-Croix. Au XVIIIe siècle, l’ensemble religieux structurait ce secteur situé aux portes méridionales de Bordeaux. La notice patrimoniale consacrée à la fontaine Sainte-Croix situe sa construction en 1735. Elle servait alors à l’abbaye autant qu’au voisinage, dans une ville où l’accès à l’eau demeurait une affaire quotidienne.

Son autre nom, fontaine des Bénédictins, rappelle cette origine. Le monument n’a rien d’un grand décor de place publique : il se découvre en contrebas, au bout de quelques marches, comme un vestige protégé du tumulte urbain. Cette implantation explique son charme actuel. On a le sentiment d’entrer dans une petite chambre de pierre, isolée par la végétation et la différence de niveau.

La fontaine Sainte-Croix se découvre en contrebas du square Dom-Bedos, derrière l’ancienne abbaye devenue École des beaux-arts

Des symboles religieux sculptés dans la pierre

La composition s’organise autour d’un bassin rectangulaire et d’une niche centrale. On y lit l’inscription « PAX », devise associée à l’ordre bénédictin. Des clous, une couronne d’épines et d’autres références à la Passion accompagnent ce mot. Des pilastres et de petites pyramides verticalisent la façade. Le décor reste sobre, mais chaque détail renvoie à la communauté qui possédait le lieu au moment de sa création.

Ce vocabulaire religieux dialogue avec une architecture très fonctionnelle. Les marches conduisent au point d’eau, tandis que les parois retiennent les terres du square. La pierre claire porte les traces du temps, de l’humidité et des restaurations successives. Une observation attentive permet de distinguer les reliefs, les lignes du bassin et la manière dont le monument s’adosse au mur ancien.

La niche centrale conserve l’inscription PAX et plusieurs symboles de la Passion associés à la présence des bénédictins

Un morceau des fortifications sauvé par hasard

La singularité de la fontaine tient aussi à son support. Elle a été construite contre un fragment des anciennes fortifications bordelaises. En aménageant ce point d’eau, les bâtisseurs ont donc contribué, sans forcément le prévoir, à conserver une portion du rempart. La fontaine raconte ainsi deux histoires superposées : celle de la vie monastique et celle d’une ville longtemps ceinte de murailles.

Le square Dom-Bedos permet aujourd’hui de relier cette découverte à d’autres témoins du quartier. La façade romane de l’abbatiale, les bâtiments de l’école d’art et les quais composent un parcours très court mais riche. Le site de l’École des beaux-arts de Bordeaux retrace l’histoire de l’ancienne abbaye, utile pour comprendre le paysage architectural qui entoure la fontaine.

Le bassin et les marches s’appuient sur un fragment des anciennes fortifications, préservé au cœur du quartier Sainte-Croix

Une halte libre au fil d’une promenade

Classée monument historique en 1890, la fontaine est visible depuis l’espace public. Elle ne se visite pas comme un musée et ne possède ni billetterie ni horaires propres : on la découvre simplement au cours d’une marche dans Sainte-Croix. Le matin ou en fin de journée, la lumière rasante souligne mieux les sculptures et les différences de texture.

Il faut prendre le temps de descendre, de se retourner et de regarder l’ensemble plutôt que de rester au niveau du square. Cette fontaine discrète récompense précisément la curiosité. Dans un Bordeaux célèbre pour ses grandes façades, elle rappelle que le patrimoine se cache aussi dans un recoin, quelques marches plus bas, à portée de tous.

Le détour peut se prolonger jusqu’au parvis de Sainte-Croix, puis vers le conservatoire et le marché des Capucins. Ce petit itinéraire permet de relier patrimoine religieux, anciens remparts et vie populaire. La fontaine devient alors un point de départ plutôt qu’un monument isolé, une invitation à lire le quartier par couches successives.

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