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Gare de Bordeaux-Bastide : l’ancien terminus parisien devenu cinéma

Face à la Garonne, la longue façade de l’ancienne gare de Bordeaux-Bastide surprend par son calme. Inaugurée en 1852 comme terminus du chemin de fer venu de Paris, elle a vu son rôle décliner après la liaison des deux rives. Ses salles accueillent aujourd’hui un cinéma et des restaurants, sans effacer la silhouette de l’une des plus anciennes gares françaises.

Quand Paris arrivait sur la rive droite

La gare est inaugurée le 20 septembre 1852 sous le nom de gare d’Orléans. Les premiers trains gagnent Angoulême, puis les convois en provenance de Paris atteignent Bordeaux en 1853. À cette époque, les voyageurs terminent leur trajet quai des Queyries, loin de l’actuelle gare Saint-Jean. La Bastide devient ainsi la première grande porte ferroviaire de Bordeaux vers le nord.

Le site est une gare en tête de ligne : les trains y arrivent et doivent repartir dans l’autre sens. Son plan en U, composé d’un corps central et de deux ailes en retour, répond à cette fonction. Une halle métallique de 90 mètres protégeait autrefois les voyageurs. Des bâtiments pour les marchandises, les voitures et les douanes complétaient ce véritable morceau de ville ferroviaire.

Vue du lieu à Bordeaux
Vue du monument bordelais présentée dans l’article, choisie en haute définition depuis la galerie encyclopédique consacrée à ce lieu – Crédit : Wikimedia Commons

Une architecture néoclassique adaptée au rail

L’architecte Darru et l’ingénieur Pépin-le-Haleur choisissent un langage proche du néoclassicisme bordelais. Côté Garonne, deux pavillons d’angle encadrent la façade, tandis qu’une demi-rosace éclairait le hall. Le bâtiment affirme la modernité du train sans rompre avec l’élégance de la ville de pierre. Cette alliance explique en partie sa présence familière dans le paysage des quais.

Les façades, les toitures, certaines anciennes salles d’attente et plusieurs dépendances sont inscrites aux monuments historiques depuis 1984. La notice patrimoniale de l’ancienne gare d’Orléans permet d’identifier précisément ces éléments. La protection ne fige pas tout le site, mais conserve les volumes et décors les plus significatifs de son passé ferroviaire.

Le plan en U et les pavillons d’angle rappellent la fonction de terminus ferroviaire inauguré au milieu du XIXe siècle

Le pont sur la Garonne change son destin

La mise en service de la passerelle ferroviaire en 1860 relie les réseaux des deux rives. Les trains peuvent désormais rejoindre la gare du Midi, future Saint-Jean. La gare de la Bastide perd progressivement une partie de son trafic voyageurs, même si des dessertes locales subsistent jusqu’en 1951. Ce qui avait été un terminus national devient peu à peu une gare secondaire.

Après l’arrêt des voyageurs, les activités de marchandises se maintiennent plus longtemps en retrait du bâtiment principal. L’ensemble connaît ensuite l’abandon et les transformations du quartier. La halle s’est effondrée dès 1950, plusieurs sculptures ont disparu et les voies ont reculé. Pourtant, la façade principale demeure un repère puissant au bord du fleuve.

Cinéma et restaurants occupent aujourd’hui le bâtiment voyageurs, offrant une nouvelle vie à cette ancienne porte d’entrée de Bordeaux

Du hall des voyageurs aux salles obscures

La reconversion en complexe de cinéma et de restauration a redonné un usage au bâtiment voyageurs. On peut aujourd’hui entrer dans l’ancienne gare sans prendre le train, observer les volumes conservés et prolonger la promenade sur le quai des Queyries. Le cinéma installé dans l’ancienne gare publie ses horaires et son programme pour préparer une visite du lieu en activité.

Cette transformation offre une lecture très concrète du patrimoine. La gare de Bordeaux-Bastide n’est ni une ruine ni une reconstitution : elle accueille de nouveaux usages tout en gardant la mémoire de ses quais. Depuis la rive droite, elle rappelle qu’avant Saint-Jean, l’aventure ferroviaire bordelaise avait commencé ici, face au port et au centre historique.

Le meilleur point de vue se trouve sur le quai, légèrement en retrait, afin d’embrasser le corps central et les deux pavillons. En traversant ensuite le pont de pierre, on comprend la distance qui séparait autrefois les réseaux. Cette géographie explique le déclin de la gare mieux qu’une simple chronologie et transforme la promenade en lecture du système ferroviaire bordelais.

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