
Face au palais de justice, la façade ordonnée de l’hôpital Saint-André pourrait presque faire oublier que le site reste un établissement de soins. Ouvert en 1829, cet ensemble a été conçu selon les principes sanitaires les plus modernes de son époque. Ses cours, ses galeries et sa chapelle racontent à la fois l’histoire médicale de Bordeaux et la naissance d’une architecture hospitalière rationnelle, lumineuse et profondément urbaine, toujours lisible dans ses bâtiments actuels à Bordeaux.
L’héritier d’un hôpital fondé au Moyen Âge
Saint-André revendique une histoire bien antérieure à ses bâtiments actuels. En 1390, le chanoine Vital Carles fonde près de la cathédrale un hôpital destiné aux pauvres malades, aux pèlerins et aux voyageurs. Il donne une grande partie de ses biens pour assurer son fonctionnement et place l’institution sous la tutelle municipale. Cette volonté d’un accueil durable façonne l’identité hospitalière bordelaise pendant plusieurs siècles.
À la fin du XVIIIe siècle, l’ancien établissement est devenu trop étroit et vétuste. Napoléon Ier réclame en 1808 un nouvel hôpital de grande capacité, mais les hésitations financières et architecturales retardent le projet. Un don du petit-fils du duc de Richelieu relance finalement l’opération. Le site choisi, place de la République, fait face au nouveau palais de justice.

Jean Burguet dessine un hôpital moderne
Après un concours, Jean Burguet établit les plans définitifs en 1825. Les travaux se déroulent de 1826 à 1829. L’architecte sépare les malades pour limiter les contagions, organise les circulations autour de cours aérées et distingue les secteurs réservés aux hommes et aux femmes. L’eau, la lumière et la ventilation deviennent des éléments essentiels du projet, bien avant les normes hospitalières contemporaines.
Le programme comprend aussi une pharmacie, des bains, des cuisines, un amphithéâtre et une morgue. Les galeries distribuent les salles et facilitent le fonctionnement quotidien. Le service patrimoine de Bordeaux Métropole détaille cette architecture hygiéniste ainsi que la relation du bâtiment avec la place monumentale formée face au palais de justice.

Une chapelle au centre de la composition
La chapelle Sainte-Marthe occupe une position centrale, signalée par un avant-corps à colonnes et un fronton triangulaire. Son dôme en zinc émerge au-dessus de l’aile principale. À l’intérieur, une coupole éclairée par un oculus apporte une lumière zénithale. Le vocabulaire classique reste volontairement mesuré, en accord avec la sobriété de l’ensemble hospitalier.
Une restauration menée en 1966 introduit des œuvres d’artistes bordelais, notamment des verrières de Victoire-Élisabeth Calcagni exécutées par le maître verrier Jacques Dupuy. L’hôpital, la chapelle, les cours, les galeries et plusieurs cages d’escalier sont inscrits aux monuments historiques depuis 2021. La protection reconnaît tout un système architectural, pas seulement une façade.
Un monument qui demeure un lieu de soins
Saint-André appartient toujours au CHU de Bordeaux. Il accueille des patients, des proches et des professionnels ; il ne se visite donc pas librement comme un édifice touristique. Le parvis et les rues voisines permettent toutefois d’observer la façade, la profondeur des ailes et le dôme de la chapelle sans gêner l’activité. Les ouvertures patrimoniales restent exceptionnelles.
La page du CHU retrace l’histoire complète de l’hôpital Saint-André, depuis Vital Carles jusqu’au site actuel. Ce monument se comprend mieux en gardant sa fonction présente à l’esprit : derrière la pierre protégée, la médecine continue, près de deux cents ans après l’ouverture du nouvel établissement.
L’organisation des cours reste perceptible en longeant les rues Jean-Burguet et d’Ornano. Les ailes créent des respirations au sein d’un îlot dense, exactement comme le souhaitaient les médecins du XIXe siècle. L’espace lui-même faisait partie du traitement : circuler, aérer, séparer et éclairer devaient améliorer les chances de guérison. Cette idée donne une profondeur particulière aux façades ordonnées.
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