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Hôtel de Bryas : quand le néoclassicisme bordelais rencontre l’Art déco

Place Charles-Gruet, l’hôtel de Bryas ne raconte pas une seule époque. Construit en 1822 par Gabriel-Joseph Durand, il affiche d’abord l’équilibre néoclassique d’une résidence aristocratique. Un siècle plus tard, l’architecte Pierre Ferret l’agrandit et glisse à l’intérieur un décor Art déco particulièrement raffiné. Cette rencontre entre deux langages fait de la demeure privée un jalon singulier du patrimoine bordelais.

Façade de l’Hôtel de Bryas à Bordeaux
L’Hôtel de Bryas associe une composition néoclassique bordelaise à des transformations décoratives intervenues au XXe siècle. – Crédit : Wikimedia Commons

La demeure d’un futur maire de Bordeaux

Le commanditaire est le marquis de Bryas, qui dirigera brièvement la municipalité en 1830 et 1831, au début de la monarchie de Juillet. Il confie son hôtel à Gabriel-Joseph Durand, architecte également associé à la Galerie Bordelaise. La façade achevée en 1822 met en scène l’entrée par deux colonnes ioniques, donnant à la maison une solennité mesurée.

À l’intérieur, le sculpteur ornementaliste Florian Bonino réalise les décors des salons. Son nom est aussi lié aux colonnes rostrales des Quinconces, ce qui inscrit l’hôtel dans un réseau de chantiers importants. L’organisation entre rue et jardin répond aux habitudes des grandes demeures urbaines : espaces de réception au cœur du logis, services rejetés dans les parties secondaires.

Pierre Ferret intervient cent ans plus tard

Après plusieurs changements de propriétaires, l’hôtel accueille un temps l’archevêque de Bordeaux au moment des tensions liées à la loi de 1905. Le négociant en vin René Delor l’achète en 1923 et sollicite Pierre Ferret. L’architecte choisit d’agrandir sans imiter servilement, en conservant l’unité de la façade tout en introduisant des usages modernes.

Deux travées nouvelles permettent d’aménager un garage fermé par une grande porte en anse de panier. Le traitement extérieur prolonge le rythme néoclassique, si bien que l’extension se lit difficilement au premier regard. À l’intérieur, Ferret associe escalier d’inspiration classique, ferronneries, matières précieuses et détails Art déco, notamment dans la salle à manger du rez-de-chaussée.

L’agrandissement conçu par Pierre Ferret en 1925 ajoute deux travées et un garage sans rompre l’équilibre du bâtiment initial

Un petit temple au milieu du jardin

Le projet se poursuit à l’extérieur avec un pavillon circulaire composé de colonnes ioniques, coiffé d’un dôme et d’une pomme de pin. Bassins et rocailles organisent le fond de parcelle. Le jardin devient une véritable pièce supplémentaire, pensée pour être regardée depuis les salons autant que pour être parcourue.

Des restaurations récentes ont fermé certains espaces par des vitrages et restitué les bassins. La demeure reste privée, mais sa protection patrimoniale porte sur cette composition complexe. La présentation officielle du régime des monuments historiques explique les contraintes appliquées aux transformations. Pour situer le quartier, le parcours de Bordeaux Tourisme autour du Jardin public et des Chartrons offre des repères pratiques.

Une façade à regarder comme une énigme

Depuis la place Charles-Gruet, il faut chercher les indices qui distinguent le bâtiment de 1822 de l’agrandissement de 1925. Les colonnes ioniques, le rythme des travées et la large porte du garage racontent les deux campagnes. La réussite de Pierre Ferret tient précisément à l’absence de rupture brutale entre les parties.

L’hôtel de Bryas ne se visite pas librement, mais sa façade suffit à ouvrir une promenade vers le Jardin public, la rue Fondaudège et les demeures voisines. Il montre surtout que protéger un monument ne signifie pas effacer ses transformations. Ici, le néoclassicisme et l’Art déco cohabitent, chacun apportant sa manière de mettre en scène l’élégance domestique.

Cette superposition évite l’image trompeuse d’un patrimoine resté intact depuis sa construction. Les usages, les propriétaires et les goûts ont changé, laissant des couches que la restauration doit savoir distinguer. L’hôtel de Bryas vaut précisément par ce dialogue entre les siècles. Il permet de comparer deux manières bordelaises de rechercher l’ordre, le confort et le raffinement, à cent ans de distance, dans une même maison.

Dans le jardin, un petit temple circulaire à colonnes ioniques témoigne du programme décoratif imaginé au début du XXe siècle

La place Charles-Gruet offre enfin un recul agréable pour replacer la façade dans son environnement. Le marché, les terrasses et les circulations quotidiennes empêchent le monument de paraître figé. L’hôtel reste une présence discrète, intégrée à un quartier vivant, dont l’élégance se révèle surtout à celles et ceux qui prennent le temps de comparer ses détails.

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