Au 15 cours de Verdun, l’hôtel de la Faïencerie paraît isolé dans la ville actuelle. Il est pourtant le dernier témoin d’un domaine qui s’étendait autrefois de la rue Fondaudège jusqu’au Jardin public. Classée monument historique, cette demeure du milieu du XVIIIe siècle doit son nom à une activité artisanale qui a marqué Bordeaux : la production de faïence fine et de décors de table.
Un domaine beaucoup plus vaste qu’aujourd’hui
Le bâtiment visible n’était qu’une partie d’un ensemble occupant un large morceau du quartier. D’ouest en est, la propriété rejoignait l’actuel Jardin public ; du nord au sud, elle s’étendait de la rue Dumas au cours de Verdun. Les lotissements et les transformations urbaines ont progressivement effacé cette emprise, jusqu’à laisser l’hôtel comme un repère presque solitaire.
Cette situation change la manière de le regarder. La façade n’est pas seulement celle d’une maison ancienne : elle constitue la trace matérielle d’un paysage disparu, fait de cours, de jardins et de bâtiments de production. Reconstituer cette échelle permet de comprendre combien le secteur du Jardin public mêlait au XVIIIe siècle résidences, activités artisanales et terrains encore peu bâtis.
La faïence bordelaise derrière le nom
Bordeaux développe une production de faïence qui accompagne l’essor des arts de la table. Assiettes, plats, pièces décoratives et objets du quotidien circulent dans les demeures aisées comme dans les intérieurs plus modestes. Le nom de la Faïencerie rappelle que le patrimoine ne se limite pas aux salons : il englobe aussi les gestes, les fours et l’organisation d’un atelier.
Les collections du musée des Arts décoratifs et du Design conservent des pièces issues des manufactures locales, notamment celles associées à la famille Hustin. Elles permettent d’observer les décors et les techniques qui ont rendu cette production identifiable. Le bâtiment du cours de Verdun devient ainsi un point de départ vers une histoire matérielle plus large, liée aux usages domestiques bordelais.

Une demeure devenue lieu de réception
L’hôtel accueille aujourd’hui des événements privés et professionnels. Cette nouvelle fonction maintient des espaces en activité, mais l’accès dépend de la programmation. La reconversion repose sur le caractère monumental des volumes, recherché pour des réceptions, des dîners ou des rencontres, bien loin des fonctions initiales du domaine.
Le site officiel de la Faïencerie présente les espaces et leurs usages actuels. Pour découvrir les productions bordelaises auxquelles le lieu doit son nom, le parcours du musée des Arts décoratifs et du Design consacré à la céramique fournit un prolongement concret, à quelques rues seulement du cours de Verdun.
Comment replacer l’hôtel dans le quartier
Depuis la place Tourny, il faut remonter le cours de Verdun en direction du Jardin public. Le numéro 15 se repère par sa façade de pierre et son retrait relatif dans la séquence urbaine. Le meilleur exercice consiste à imaginer les limites de l’ancien domaine, aujourd’hui coupées par les rues et les constructions.
La promenade peut se poursuivre dans le Jardin public puis vers l’hôtel de Lisleferme et le Muséum. Elle relie ainsi plusieurs façons de transformer de grandes propriétés du XVIIIe siècle : certaines sont devenues musées, d’autres résidences ou lieux événementiels. L’hôtel de la Faïencerie rappelle, lui, une activité productive dont le nom a survécu alors que la plupart des bâtiments ont disparu.
Ce décalage entre une adresse actuelle et une emprise ancienne constitue tout l’intérêt du site. Le monument agit comme une pièce restante d’un puzzle urbain. À partir de cette seule façade, cartes, collections de céramique et parcours du quartier permettent de faire réapparaître un Bordeaux où ateliers et jardins occupaient encore les abords du centre.
Les noms de rues et les collections permettent aussi de prolonger l’enquête. Un motif peint sur une assiette, un plan ou une limite parcellaire rendent au domaine une partie de sa profondeur. La visite devient alors moins celle d’un bâtiment isolé que celle d’une activité disparue, dont la ville conserve encore plusieurs indices dispersés.
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