Après le mégafeu qui a parcouru environ 42 000 hectares en Gironde, une nouvelle inquiétude apparaît autour du bassin d’Arcachon : celle d’un excès d’eau cet hiver. Des millions de pins adultes ne joueront plus leur rôle d’absorption lors des pluies. Les collectivités redoutent donc des remontées de nappe et des inondations, même si leur ampleur dépendra directement de la météo.
Quand la forêt cesse de retenir l’eau
Le massif forestier agit comme une immense pompe naturelle. Par leurs racines et leur évapotranspiration, les arbres prélèvent une partie de l’eau contenue dans les sols. Sur les 37 000 hectares de forêt touchés, environ 20 000 hectares étaient occupés par des pins adultes. Chacun pouvait absorber entre 100 et 150 litres par jour. Leur disparition brutale modifie donc l’équilibre hydrologique d’un territoire déjà très humide en hiver.

Les 15 000 hectares de jeunes pins incendiés prélevaient moins d’eau, mais l’ensemble représente désormais une surface considérable sans couvert végétal fonctionnel. En cas de pluies soutenues, une quantité supplémentaire de plusieurs millions de mètres cubes pourrait rejoindre les fossés, les cours d’eau et la nappe. Le risque n’est pas une certitude : il varie selon la durée des précipitations, leur intensité et l’état des sols.
Un réseau déjà mis à l’épreuve en hiver
Le bassin d’Arcachon connaît déjà des épisodes de saturation pendant les saisons très pluvieuses. Sa population a doublé entre les années 1980 et 2020, passant d’environ 80 000 à 160 000 habitants. L’urbanisation, les nappes proches de la surface et les marées rendent la gestion de l’eau particulièrement délicate. À la fin de 2023, des débordements d’eaux usées avaient même conduit à suspendre temporairement la commercialisation des huîtres.

Les communes riveraines sont déjà classées dans un territoire à risque important d’inondation. La cartographie officielle des surfaces inondables du bassin d’Arcachon permet de consulter les scénarios établis pour Arcachon, Arès, Lège-Cap-Ferret, Andernos-les-Bains et les autres villes concernées. Ces cartes intègrent surtout la submersion marine ; le bouleversement forestier impose désormais d’étudier aussi les écoulements venus de l’intérieur des terres.
Des travaux d’urgence déjà engagés
Les syndicats de bassin versant travaillent avec les services de l’État, le BRGM et l’Agence de l’eau Adour-Garonne. L’objectif consiste à modéliser les volumes susceptibles d’arriver, repérer les points de blocage et dégager les ouvrages d’écoulement. Des interventions préventives ont commencé sur certains milieux aquatiques afin de remettre en état des fossés, retirer des obstacles et faciliter la circulation de l’eau avant les grandes pluies.

La préfecture détaille les mesures engagées pour prévenir les inondations après l’incendie de Saumos. Ces opérations s’ajoutent à l’abattage des arbres dangereux, à la remise en état des pistes forestières et au suivi des parcelles sinistrées. La priorité consiste à agir avant l’hiver, sans attendre de connaître précisément le volume des prochaines précipitations.
Anticiper sans annoncer une catastrophe
Le message des gestionnaires de l’eau reste mesuré. Une saison très pluvieuse accentuerait la menace, tandis qu’un hiver sec réduirait fortement la pression. Les études en cours doivent affiner les zones les plus exposées et guider les chantiers. Les habitants peuvent, de leur côté, surveiller les consignes communales et éviter d’obstruer fossés ou évacuations autour de leur propriété.
La surveillance concernera tout le nord du Bassin, mais aussi les routes, les habitations isolées, les réseaux d’assainissement et les activités ostréicoles susceptibles d’être perturbés par une saturation prolongée.
Après le feu, le défi consiste donc à préparer l’arrivée de l’eau. La forêt mettra des années à retrouver sa capacité d’absorption ; la prévention doit, elle, produire des effets dès les prochaines semaines.
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