Dans une opération du cerveau, quelques millimètres peuvent compter. Installée à Pessac, la société RebrAIn développe un outil d’intelligence artificielle pour aider les neurochirurgiens à repérer les zones à traiter. Issue des recherches du CHU et de l’université de Bordeaux, cette technologie concerne notamment la stimulation cérébrale profonde utilisée chez certains patients atteints de Parkinson ou de tremblements essentiels. Elle assiste la planification médicale, sans remplacer la décision du chirurgien.
RebrAIn s’attaque à une étape délicate de l’intervention
Le cerveau d’un patient ne se superpose pas parfaitement à celui d’un autre. Pour une stimulation cérébrale profonde, l’équipe doit déterminer où placer les électrodes afin d’atteindre les zones recherchées. Cette précision fait partie des difficultés de la procédure, avant même de considérer les gestes réalisés au bloc opératoire.
RebrAIn travaille sur ce ciblage. Son outil utilise l’intelligence artificielle pour exploiter des données issues de patients déjà opérés et aider à retrouver des cibles adaptées à l’anatomie de chacun. L’objectif est de rendre les pratiques des centres experts plus facilement accessibles à d’autres équipes.

Des recherches bordelaises transformées en entreprise
Le professeur Emmanuel Cuny, neurochirurgien au CHU de Bordeaux, est l’un des cofondateurs de la société créée en 2021. Les travaux dont elle est issue remontent à 2008 et associent recherche hospitalière, universitaire et numérique. L’entreprise demeure installée dans l’environnement médical de Pessac.
Son logiciel OptimDBS ne fonctionne pas comme un diagnostic posé directement à un patient. Il fournit une aide au ciblage destinée aux professionnels impliqués dans la préparation de l’intervention. La place du clinicien reste donc centrale pour déterminer l’indication opératoire et interpréter les informations disponibles.
Dans la présentation de l’étude multicentrique PARKEO2, la société décrit une comparaison entre une procédure réalisée sous anesthésie générale avec son approche de ciblage et une procédure standard intégrant des enregistrements électrophysiologiques pendant l’opération. Il s’agit d’évaluer des méthodes, pas de promettre un résultat identique à chaque malade.
Un essai porté par le CHU de Bordeaux
Huit hôpitaux français participent à PARKEO2 : Amiens, Bordeaux, Lyon, Marseille, Nice, Rouen, Strasbourg et Toulouse. Le CHU de Bordeaux en est le promoteur. Le recrutement et le suivi des participants constituent des étapes indispensables pour comparer les résultats au-delà d’une expérience isolée dans un seul centre.

La comparaison porte notamment sur la possibilité de cibler le noyau sous-thalamique sans réaliser les mêmes enregistrements pendant l’intervention. La méthode évaluée sous anesthésie générale utilise le repérage préparé en amont, tandis que la procédure de référence intègre une vérification électrophysiologique au bloc. Ce sont deux organisations opératoires que l’essai cherche à départager.
Le CHU a présenté le déroulement du projet dans sa communication consacrée à l’essai clinique PARKEO2. L’étude porte sur des patients atteints de Parkinson et sur la manière de cibler une structure précise, le noyau sous-thalamique.
Les résultats préliminaires évoqués par Emmanuel Cuny lors de sa présentation du 20 octobre font état d’une réduction importante du temps d’intervention, avec une amélioration motrice comparable dans les données rapportées. Ils doivent rester présentés comme préliminaires : cette communication ne transforme pas l’ensemble du projet en conclusion clinique définitive.
D’autres applications restent à l’étude

La société envisage d’autres usages pour l’épilepsie, la dépression ou les troubles obsessionnels compulsifs. Ces perspectives appartiennent à son développement : elles ne signifient pas que l’outil soit proposé aujourd’hui de la même façon pour chacune de ces pathologies.
RebrAIn poursuit également son déploiement international, notamment vers les États-Unis. Pour cette entreprise girondine, le passage de la recherche au soin repose sur un même enjeu : documenter les performances de l’aide au ciblage et son utilité pour les équipes, sans effacer la responsabilité médicale derrière la technologie.
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