On passe devant sans toujours lever les yeux. Contre une façade de la place de la Victoire, près de la porte d’Aquitaine, une vigne ancienne continue de produire quelques grappes au milieu de Bordeaux. Sa vendange, annoncée par la Ville pour le 8 septembre 2026 à 9 h, rappelle l’existence de ce patrimoine vivant. Son histoire mène de la famille Duverger aux cépages navarrais, bien loin de l’image d’un vignoble réservé aux campagnes.

Une histoire qui se compte en siècles
La plantation remonterait à la fin du XVIIIe ou au début du XIXe siècle, vraisemblablement autour de la Révolution. La famille Duverger aurait installé six pieds à cet endroit. La prudence sur la date fait partie de l’histoire : il s’agit d’un âge estimé, et non d’un anniversaire établi à partir d’un acte de plantation précisément daté.
La Ville présente cette vigne bicentenaire comme la plus ancienne de Bordeaux. Toujours vigoureuse, elle pousse au contact d’un ensemble d’immeubles, dans l’un des secteurs les plus fréquentés de la ville. Son intérêt ne tient pas à l’étendue d’une parcelle ou à un rendement. Il repose sur la persistance d’un végétal cultivé, entretenu au fil des générations dans un cadre urbain.
Le communiqué municipal consacré à la vigne de la Victoire détaille son origine supposée et les soins qui lui sont apportés. Pour la récolte de septembre, une nacelle et une mise en sécurité étaient prévues avant le début des opérations. Le travail se fait ici en hauteur, au contact de la façade.

Un cépage aux racines navarraises
Le nom local de Tchacouli ouvre une deuxième piste. Les analyses génétiques mentionnées par la Ville rapprochent cette vigne d’une origine navarraise ancienne. Le cépage est également désigné sous le nom d’Ondarrabi Beltza, ou encore de Burdigala. Ces appellations racontent la circulation des variétés bien avant que leurs caractéristiques puissent être étudiées par l’ADN.
L’hypothèse d’un passage des Pyrénées avec les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle est évoquée pour expliquer sa diffusion dans le Sud-Ouest. Elle reste une hypothèse historique. Le nom Txakoli désigne aussi un vin du Pays basque : il ne faut donc pas confondre une appellation viticole avec l’identité de la plante conservée sur une façade bordelaise.
Des spécimens de ce vieux cépage sont également présents dans le conservatoire de la vigne aux Barails. Cette conservation complète celle du pied visible place de la Victoire. Elle donne à cette histoire une dimension botanique : préserver un patrimoine vivant suppose de garder des plantes, pas seulement des photographies ou des récits à leur sujet.

Entretenir une présence discrète dans la ville
La vigne est taillée régulièrement, notamment au printemps, et cultivée sans traitement phytosanitaire. Un filet accompagne sa protection jusqu’aux vendanges. Les quelques bouteilles issues de la vinification ont surtout une portée symbolique. Aucune quantité pour la récolte 2026 n’est annoncée dans le communiqué municipal ; les résultats des années précédentes ne permettent pas de la déduire.
La place elle-même multiplie les références au vin. La présentation patrimoniale de la place de la Victoire explique les motifs de la colonne et des tortues d’Ivan Theimer, installées en 2005. Ces œuvres mettent en scène l’histoire viticole, tandis que la vigne voisine continue de la raconter par son cycle annuel.
Pour la découvrir, il suffit d’intégrer un arrêt à une promenade dans le quartier et d’observer la façade sans toucher la plante. Le patrimoine bordelais se regarde aussi à cette échelle : quelques feuilles, un vieux tronc et une récolte modeste au-dessus du passage des habitants.
Ce cycle rend l’entretien visible à plusieurs moments de l’année. La taille prépare la pousse, le feuillage transforme la façade et les grappes signalent l’approche de la récolte. Une promenade répétée dans le quartier permet de suivre ces changements très simplement.
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