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Quand Bordeaux accueillait le pouvoir français : trois replis qui ont marqué la ville

Le Grand-Théâtre a accueilli des députés, des facultés ont abrité des ministères et la rue Vital-Carles a reçu un président. En 1870-1871, en 1914 puis en 1940, les guerres ont poussé le pouvoir français à se replier sur Bordeaux. Ces séjours n’ont ni la même durée ni la même portée. Ils ont pourtant laissé une histoire commune à plusieurs lieux familiers de la ville, devenus provisoirement des centres de décision nationale.

En 1871, l’Assemblée nationale siège au Grand-Théâtre

La délégation gouvernementale rejoint Bordeaux en décembre 1870, alors que Paris est assiégée. Après l’armistice et les élections du 8 février 1871, les députés prennent place dans un bâtiment habituellement consacré au spectacle : le Grand-Théâtre. La première réunion de l’Assemblée bordelaise se tient le 12 février, avant l’installation du pouvoir exécutif confié à Adolphe Thiers.

La chronologie conservée par l’Assemblée nationale retrace ces semaines décisives. Le 1er mars, les députés ratifient les préliminaires de paix. La salle de théâtre devient ainsi le lieu où se discutent les conséquences de la défaite et l’organisation du pouvoir, loin du Palais-Bourbon parisien.

L’Assemblée nationale siège au Grand-Théâtre de Bordeaux à partir du 12 février 1871, avant de quitter la ville pour Versailles au mois de mars.

Le séjour parlementaire bordelais reste bref. L’Assemblée quitte la ville pour Versailles le 20 mars 1871. Ce passage d’environ six semaines suffit pourtant à inscrire le Grand-Théâtre dans une histoire qui ne se limite plus aux représentations. Derrière sa fonction culturelle demeure le souvenir d’un moment où les choix nationaux se sont débattus à Bordeaux.

En 1914, le gouvernement se répartit dans les bâtiments bordelais

Le gouvernement quitte Paris dans la nuit du 2 au 3 septembre 1914. À Bordeaux, Raymond Poincaré s’installe à l’hôtel de Nesmond, rue Vital-Carles, résidence préfectorale. René Viviani occupe pour sa part le cabinet du maire à l’hôtel de ville. Le repli ne concentre donc pas toutes les fonctions dans un seul palais.

Les ministères trouvent place dans des bâtiments existants. L’Intérieur rejoint la préfecture, la Justice le palais de justice, la Guerre la faculté des lettres et l’Instruction publique la faculté de droit. Les ambassades suivent également le mouvement. Le ministère de la Marine occupe l’École de santé navale, autre bâtiment réaffecté pour répondre à cette installation. Les administrations civiles et militaires recomposent ainsi, temporairement, leur géographie au sein de la ville.

En septembre 1914, le gouvernement se répartit entre plusieurs bâtiments bordelais ; Raymond Poincaré s’installe à l’hôtel de Nesmond, dans la rue Vital-Carles.

Le récit de ce repli de 1914 publié par RetroNews, le site de presse de la BnF permet de retrouver cette répartition. Le retour à Paris intervient en décembre, après plus de trois mois. Des lieux d’enseignement ou d’administration locale ont donc exercé, pendant cette période, une fonction nationale exceptionnelle.

Juin 1940, un séjour marqué par la rupture

Le gouvernement de Paul Reynaud arrive à Bordeaux le 14 juin 1940. La situation militaire entraîne des décisions rapides. Le 16 juin au soir, Reynaud démissionne et Philippe Pétain lui succède. Le lendemain, l’annonce radiophonique de la demande de cessation des combats est prononcée depuis Bordeaux. Le séjour devient un moment de bascule politique et militaire.

D’autres trajectoires se jouent alors dans la ville et dans ses environs. Aristides de Sousa Mendes délivre des visas au consulat portugais, quai Louis-XVIII, malgré les ordres de son gouvernement. Charles de Gaulle quitte Mérignac pour Londres le 17 juin. Le Massilia appareille du Verdon pour le Maroc le 21 juin.

Le repli de juin 1940 place Bordeaux au centre de décisions majeures, avant le départ du gouvernement vers Clermont-Ferrand puis Vichy à la fin du mois.

Le pouvoir repart ensuite vers Clermont-Ferrand puis Vichy. Bordeaux n’a pas accueilli trois fois la même situation : un Parlement après une défaite, un gouvernement replié pendant plusieurs mois, puis des dirigeants confrontés à l’effondrement de juin 1940. Relier ces épisodes aux bâtiments encore présents permet de restituer cette histoire sans confondre leurs enjeux ni leurs conséquences.

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