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Église Notre-Dame : le chef-d’œuvre baroque caché derrière le Grand Théâtre

En retrait des grands axes, derrière le Grand Théâtre, l’église Notre-Dame apparaît presque par surprise au bout de la place du Chapelet. Sa façade baroque, inspirée du Gesù de Rome, contraste avec une nef lumineuse et mesurée. Construite entre 1684 et 1707 pour les Dominicains, elle rassemble sculptures, peintures, ferronneries et orgue dans l’un des ensembles religieux les plus raffinés de Bordeaux.

La façade baroque ferme la perspective de la place du Chapelet et déploie un décor sculpté d’une exceptionnelle richesse au centre de Bordeaux.

Une reconstruction imposée par le château Trompette

Les Dominicains étaient installés depuis le Moyen Âge près des actuelles allées de Tourny. En 1678, leur couvent est rasé pour dégager les abords du château Trompette, après les troubles qui opposent Bordeaux au pouvoir royal. La communauté acquiert un nouveau terrain en 1683 et confie le projet à Pierre Duplessy-Michel, architecte et ingénieur du roi.

La construction commence en 1684. À la mort de Duplessy-Michel, d’autres maîtres d’œuvre poursuivent le chantier, achevé vers 1707. La proximité du couvent des Récollets impose une orientation inhabituelle vers l’est. Cette contrainte contribue à placer la façade au fond d’une petite place théâtrale, loin de l’alignement des grandes avenues.

Une façade baroque comme une scène de pierre

Colonnes, pilastres, volutes, frises et niches organisent une composition très verticale. Au-dessus du portail, un bas-relief montre la Vierge remettant le rosaire à saint Dominique, scène qui a donné son nom à la place du Chapelet. Quatre docteurs de l’Église occupent les niches latérales, tandis que les médaillons représentent des papes dominicains.

Statues, colonnes et bas-reliefs composent une façade inspirée du baroque romain, restaurée au XIXe siècle sans perdre son puissant mouvement vertical.

La richesse extérieure contraste avec l’équilibre de la nef. Longue d’environ 60 mètres, elle est couverte d’une voûte en berceau et bordée de chapelles peu profondes. Une corniche continue unifie l’espace. Les ferronneries de Jean Moreau, réalisées au XVIIIe siècle, ajoutent au chœur une finesse presque graphique. Ce dialogue crée l’un des intérieurs religieux les plus harmonieux de la ville.

Le maître-autel en marbre blanc et coloré, sculpté en 1751 par Jean-Baptiste II Péru, est encadré d’anges. Les chapelles abritent plusieurs tableaux du Frère André, exécutés entre 1712 et 1735. Les peintures murales de l’abside, plus tardives, illustrent des épisodes de la vie de la Vierge.

Un orgue, des concerts et la mémoire de Goya

L’orgue constitue un autre point d’attention. Son buffet est protégé au titre des monuments historiques depuis 1971. L’acoustique de l’église explique la présence régulière de concerts, qui permettent d’entendre le bâtiment autant que de le regarder. Cette dimension musicale prolonge la vocation vivante d’un monument toujours consacré.

La nef sobre conduit vers un maître-autel de marbre, entouré de ferronneries, de peintures et de chapelles richement décorées.

L’église est aussi liée à Francisco de Goya. Mort à Bordeaux en avril 1828, le peintre y reçoit ses obsèques. Cette histoire ajoute une résonance intime à un édifice déjà étroitement lié au quartier des Grands Hommes.

Classée monument historique depuis le 18 mai 1908, Notre-Dame a connu une longue fermeture après l’effondrement d’une partie de ses voûtes. La restauration achevée en 1982 a rendu visible la pierre blonde. La notice officielle de la base POP retrace ses campagnes de construction et de décor.

Pour préparer la découverte, la fiche de Bordeaux Tourisme dédiée à Notre-Dame et à la cour Mably rassemble les informations pratiques disponibles. L’église reste un lieu de culte : horaires et accès peuvent varier selon les offices et les événements.

À retenir : Notre-Dame récompense les détours. Depuis la place, il faut observer la façade, puis entrer pour ressentir le contraste avec la nef. En quelques mètres, le visiteur découvre un condensé du Bordeaux baroque, artistique et musical, discret mais inoubliable. La cour Mably voisine complète naturellement la promenade et rappelle l’ampleur de l’ancien ensemble dominicain, dont l’église demeure aujourd’hui le plus spectaculaire témoin.

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