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Ancien Hôtel des Archives de la Gironde : un coffre-fort de pierre et de fer au Jardin public

Près du Jardin public, l’ancien Hôtel des Archives départementales de la Gironde ressemble à une demeure classique. Pourtant, derrière sa cour et ses façades de pierre se cache une construction technique pionnière. Élevé entre 1861 et 1865 par Pierre-Auguste Labbé, le bâtiment associe dépôts rationalisés, charpente métallique et dispositifs contre l’incendie dans l’un des premiers centres d’archives conçus comme tels en France, pour accueillir le public local.

Construire un bâtiment uniquement pour les archives

Au milieu du XIXe siècle, les documents départementaux sont dispersés dans des locaux mal adaptés. Le Conseil général envisage un édifice spécialisé dès 1857 et confie le projet à Pierre-Auguste Labbé en 1858. Les travaux se déroulent de 1861 à 1865 rue d’Aviau. Le programme ne consiste plus à adapter un hôtel existant, mais à inventer une architecture dédiée à la conservation.

Labbé s’inspire à la fois des hôtels particuliers français des XVIIe et XVIIIe siècles et des innovations de la bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris. Cette double référence explique le visage du monument : une façade institutionnelle familière côté ville, et une organisation technique beaucoup plus novatrice dans les ailes réservées aux dépôts.

L’ancien Hôtel des Archives de la Gironde présente rue d’Aviau une façade inspirée des hôtels particuliers classiques français –

Une cour d’honneur entre services et magasins

Le corps central abritait les bureaux et le logement du conservateur. Deux ailes en retour accueillaient les archives, autour d’une cour fermée par un portail. La salle de lecture possédait l’ampleur d’une bibliothèque, tandis qu’un grand hall affirmait la dimension publique de l’institution. Le bâtiment faisait donc coexister stockage, travail des agents et accueil des chercheurs avec une clarté remarquable.

La notice officielle de l’ancien Hôtel des Archives de la Gironde décrit ce plan et les éléments protégés depuis 1998. L’ensemble est parfois qualifié d’hôtel en raison de son apparence, mais sa distribution révèle une véritable machine administrative au service de la mémoire départementale.

Deux ailes de dépôts encadrent la cour et séparent les documents des bureaux autrefois installés dans le corps central

Le fer et la maçonnerie contre le feu

La sécurité guide chaque décision. Les dépôts sont séparés du corps central par des portes de fonte. Le bois est exclu des planchers et une charpente métallique couvre l’ensemble. Les ailes reposent sur quatre murs porteurs renforcés par des contreforts intérieurs, sans piliers au milieu des salles. Cette structure libère l’espace pour les rayonnages tout en limitant la propagation d’un incendie.

Même l’implantation participe à la prévention : le bâtiment est isolé par trois rues et un passage arrière fermé. Des escaliers de pierre prennent place dans des tourelles intérieures aux angles des magasins. Une page pratique des Archives départementales explique où consulter aujourd’hui les fonds de la Gironde, désormais conservés dans un site plus récent.

Charpente métallique, portes de fonte et planchers sans bois formaient un dispositif particulièrement avancé contre le risque d’incendie

Une mémoire monumentale devenue patrimoine

Le transfert principal des collections vers le cours Balguerie-Stuttenberg a modifié la fonction du site historique, mais n’a pas effacé sa valeur. Son inscription aux monuments historiques en 1998 reconnaît à la fois l’élégance néoclassique et l’innovation constructive. La rue d’Aviau permet d’observer la façade, le portail et la relation avec le Jardin public voisin.

Le bâtiment n’est pas librement accessible en permanence. Il convient de vérifier les éventuelles ouvertures avant de s’y rendre. Son intérêt se lit déjà depuis l’extérieur comme une rencontre entre apparat et ingénierie. Derrière l’allure d’un hôtel particulier, Labbé avait conçu un coffre-fort à l’échelle d’un département, pensé pour transmettre des kilomètres de mémoire aux générations suivantes.

La présence du Jardin public voisin accentue encore le contraste. D’un côté, un paysage ouvert destiné à la promenade ; de l’autre, un édifice fermé conçu pour maîtriser la lumière, l’humidité et le feu. Ces deux équipements racontent la modernisation du Bordeaux du XIXe siècle, soucieux à la fois de loisirs urbains, de savoir et d’administration. Leur proximité mérite une lecture commune.

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