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Effacées : quand l’histoire murmurée des prisons de femmes refait surface à Bordeaux

Pendant plus d’un siècle, derrière les murs majestueux du château de Cadillac, des milliers de femmes et de jeunes filles ont été enfermées, punies, redressées, puis oubliées. Avec l’exposition « Effacées. L’enfermement au féminin au château de Cadillac (1822-1951) », présentée aux Archives départementales de la Gironde jusqu’au 26 avril 2026, cette histoire longtemps reléguée dans l’ombre t’est enfin donnée à voir, à comprendre et à questionner.

Quand tu franchis les portes des Archives départementales de la Gironde, ce n’est pas une simple exposition que tu découvres, mais un pan entier de l’histoire sociale et carcérale française. « Effacées » te plonge dans 130 années d’enfermement exclusivement féminin, depuis la création, en 1822, de la première prison française réservée aux femmes, jusqu’à la fermeture définitive de l’institution en 1951.

À Cadillac, l’exposition Effacées révèle 130 ans d’enfermement féminin longtemps occulté, enfin exposé au public.

Le décor central de cette histoire, c’est le château de Cadillac. Ancien palais Renaissance devenu prison, puis maison de correction et enfin école de préservation pour jeunes filles, il incarne à lui seul le paradoxe entre la beauté architecturale du lieu et la dureté des vies qui s’y sont succédé. Condamnées adultes d’abord, mineures ensuite, ces femmes ont été soumises à une discipline stricte fondée sur le travail forcé, la morale religieuse et le silence.

Le château de Cadillac mêle beauté Renaissance et rigueur, accueillant prisonnières, mineures, travail et discipline. ©studio Henri Manuel

Faute de témoignages directs, l’exposition s’appuie sur près de 200 documents d’archives, pour la plupart inédits, issus notamment des fonds des Archives départementales de la Gironde. Rapports administratifs, règlements, tableaux de punitions ou dossiers d’évasion composent un récit brut, vu presque exclusivement à travers le regard de l’institution. C’est précisément dans ces silences que l’exposition trouve sa force : elle donne à lire ce que l’État écrivait, mais aussi ce qu’il ne disait pas.

En résonance avec ces archives, les œuvres de l’artiste Agnès Geoffray apportent une dimension sensible et contemporaine. Photographies mises en scène, impressions sur soie, gants marqués de qualificatifs violents : son travail questionne les corps contraints, les violences symboliques et la manière dont ces femmes ont été jugées, classées, réduites à des adjectifs. L’art devient ici un outil pour faire ressurgir des voix étouffées.

Autre temps fort du parcours : la présentation d’une sélection de photographies du studio Henri Manuel, réalisées au début des années 1930 dans l’école de préservation de Cadillac. Derrière ces images officielles, souvent mises en scène, se devine pourtant la réalité d’un quotidien carcéral, à une époque où la société commence timidement à s’interroger sur le sort réservé aux mineurs enfermés.

L’exposition se prolonge bien au-delà des salles. Tables rondes, conférences d’historiens, projections, rencontres autour des archives et de la photographie carcérale rythment les mois à venir. Certaines dates interrogent directement notre présent : comment parler aujourd’hui des femmes en prison ? Quelles archives pour raconter celles que l’histoire a effacées ?

Gratuite et accessible à tous, « Effacées » est une exposition essentielle à voir.

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