Dans un climat économique et géopolitique mondial incertain, marqué par une consommation en repli et une vigilance accrue des voyageurs sur leurs dépenses, Bordeaux parvient à maintenir son attractivité touristique en 2025. La métropole, reconnue pour son patrimoine, sa culture et son vignoble, connaît certes une légère baisse de fréquentation par rapport à 2024 — une année particulièrement dynamique —, mais continue de séduire tant les vacanciers que les visiteurs d’affaires.

Les professionnels constatent que les arbitrages budgétaires des touristes se traduisent par une priorité donnée au transport et à l’hébergement, au détriment de la restauration, des activités culturelles et des loisirs. Ce rééquilibrage des dépenses reflète une tendance nationale observée dans la plupart des grandes villes françaises.
Une fréquentation en recul mesuré
Le premier semestre 2025 enregistre un repli de 2,6 % des nuitées marchandes, selon les données de Bordeaux Métropole. Plusieurs facteurs expliquent ce fléchissement : la contraction du pouvoir d’achat, la baisse de la clientèle britannique et ibérique, ainsi que les vagues de chaleur qui ont perturbé certaines visites estivales.
En revanche, la progression du marché canadien, stimulée par de nouvelles liaisons aériennes transatlantiques et un report de voyages vers l’Europe au détriment des États-Unis, vient contrebalancer en partie cette baisse.
Côté hôtellerie, les chiffres de juillet et août tendent vers la stabilité, voire une légère reprise. La restauration souffre davantage, selon l’UMIH, tandis que les activités de découverte urbaine reculent de 7 % et que les lieux culturels enregistrent une baisse plus marquée de 12 %, conséquence notamment de la fermeture temporaire du Musée d’Aquitaine. Le vignoble résiste mieux, limitant son recul à environ 5 %.

Le tourisme d’affaires : un bilan contrasté
Le segment du tourisme d’affaires illustre bien la complexité de la situation. Le nombre d’événements accueillis diminue légèrement (-0,8 %), tout comme celui des participants (-20 %). Mais la durée des congrès s’allonge : les 325 000 journées générées représentent une hausse de 5,9 %. Les retombées économiques sont évaluées à 123,6 millions d’euros.
Toutefois, les organisateurs cherchent à réduire leurs coûts. Les dépenses périphériques — traiteurs, prestations audiovisuelles ou décoration — reculent au profit d’une simple location de salles. La tendance confirme que chaque dépense est scrutée dans un contexte de tension budgétaire.
Une satisfaction touristique élevée
Malgré ce contexte contraint, Bordeaux bénéficie d’une image extrêmement positive auprès de ses visiteurs. Une enquête de satisfaction menée par TCI Research en 2024 révèle un indice global supérieur de 7 points à la moyenne des grandes villes européennes, et en hausse notable depuis 2019.
Les voyageurs apprécient particulièrement la qualité de l’accueil, la disponibilité des habitants et le professionnalisme des équipes touristiques. L’office de tourisme obtient un score remarquable, très au-dessus des standards européens.
Les transports publics sont également salués : accessibilité, prix et qualité du service dépassent largement la norme. S’ajoute à cela une forte satisfaction vis-à-vis de l’offre locale : diversité de la gastronomie, richesse patrimoniale, choix d’activités culturelles et possibilités de shopping.

Sans surprise, l’indice de recommandation est largement au-dessus de la moyenne européenne, preuve que Bordeaux est perçue comme une destination attractive, conviviale et authentique.
Les pratiques des visiteurs
Les comportements des touristes mettent en lumière la vitalité culturelle de la métropole. Près de 9 visiteurs sur 10 citent les visites culturelles comme activité principale, devant la découverte de la ville (78 %) et les balades dans les rues (76 %). Un tiers des visiteurs se rendent dans le vignoble, tandis qu’un sur cinq participe à des expériences gastronomiques.
Le trio de sites les plus fréquentés reste inchangé : le miroir d’eau, la Cité du Vin et la Porte Cailhau. L’attrait de Bordeaux s’étend également à ses environs : 35 % des touristes visitent Saint-Émilion, 32 % le Bassin d’Arcachon, 27 % le vignoble et 8 % la côte atlantique.
En moyenne, un touriste dépense 161 € par jour et par personne, un montant ramené à 92 € hors hébergement. Ces dépenses témoignent d’un impact économique significatif, bien que légèrement inférieur aux années précédentes.
Le regard des Bordelais
Tous les deux ans, l’Office de tourisme interroge les habitants sur leur perception du tourisme. L’édition 2025 montre un soutien renouvelé : plus de 6 Bordelais sur 10 estiment que le tourisme apporte davantage d’avantages que d’inconvénients, un score en nette progression par rapport à 2023.
Les habitants voient dans le tourisme un moteur économique et culturel, mais expriment des attentes en matière de propreté, de préservation du patrimoine et de qualité de vie. Si une majorité se dit favorable au développement touristique (+6 points par rapport à la moyenne européenne), certains sujets restent sensibles, comme la présence de bateaux de croisière, perçue par un quart des résidents comme une nuisance.

Globalement, 69 % des habitants souhaitent que Bordeaux continue d’attirer des visiteurs, en particulier dans les communes de la métropole, signe d’une acceptation durable.
Vers un tourisme responsable et partagé
Le bilan de ce milieu d’année 2025 met en évidence une situation nuancée : une fréquentation légèrement en retrait, mais une satisfaction élevée et un soutien fort des habitants. Les études confirment la pertinence de la feuille de route engagée par Bordeaux Métropole, « Bâtir ensemble une destination reconnue de tourisme responsable », qui court jusqu’en 2026.
L’enjeu des prochaines années sera de maintenir cet équilibre fragile entre attractivité, qualité de vie des habitants et durabilité des pratiques. Bordeaux démontre qu’elle a les atouts pour relever ces défis et consolider son statut de destination européenne incontournable.
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