À dix kilomètres du centre de Bordeaux, les restes alimentaires changent de destination. Une unité installée entre Bassens et Ambarès-et-Lagrave peut transformer jusqu’à 25 000 tonnes de matières organiques par an en biométhane injecté dans le réseau et en fertilisant agricole. Mise en service en janvier, elle vient d’être inaugurée au cœur de la zone industrialo-portuaire. Une actualité à suivre attentivement sur le territoire.
Une boucle locale entre ville, port et agriculture
Les matières arrivent principalement d’un rayon de 20 à 25 kilomètres. Elles proviennent de restaurants, cantines, supermarchés, industries agroalimentaires, activités portuaires et quartiers bordelais. Cette proximité réduit une partie des transports et offre un débouché local au tri des biodéchets devenu obligatoire pour les producteurs.
Le site occupe 2,8 hectares mis à disposition par le Grand Port maritime. Son implantation relie trois mondes rarement réunis sur une même parcelle : la gestion des déchets urbains, la production d’énergie et le retour de matière organique vers les exploitations agricoles.

Séparer les emballages avant la digestion
Une partie des apports arrive encore conditionnée. Un déconditionneur sépare les emballages des aliments avant leur introduction dans les digesteurs. Cette étape protège la qualité du gaz et du digestat. Les matières sont reçues dans un bâtiment fermé où l’air est traité afin de limiter les nuisances.
Dans les cuves, des micro-organismes dégradent la matière sans oxygène. Le biogaz obtenu est ensuite épuré pour devenir du biométhane. Le fonctionnement de la méthanisation territoriale demande un contrôle régulier des apports, car un mélange mal équilibré peut réduire la production ou affecter le résidu agricole.
L’équivalent du chauffage de 2 600 foyers
L’installation vise une production de 32 GWh par an, soit l’équivalent annoncé de la consommation de gaz de 2 600 foyers chauffés. Son débit d’injection atteint 330 mètres cubes par heure. Le biométhane rejoint le réseau exploité localement et peut être consommé à proximité du lieu où il est produit.
Le dossier de GRDF sur le biométhane et son injection explique les contrôles nécessaires avant l’entrée dans le réseau. Le projet bordelais estime pouvoir éviter 11 200 tonnes d’équivalent CO₂ chaque année.

Un fertilisant destiné à 1 200 hectares
La digestion laisse un résidu appelé digestat. Après contrôle, celui-ci est utilisé comme amendement organique sur environ 1 200 hectares partenaires. Cette valorisation remet au sol une partie des éléments nutritifs contenus dans les déchets, en remplacement d’une fraction des engrais conventionnels.
L’Ademe détaille les solutions de valorisation des biodéchets et les conditions de tri. Pour les producteurs, la qualité du flux collecté reste essentielle : plastique, verre ou métal compliquent le traitement et dégradent la boucle agricole.
Un investissement industriel de 23,8 millions d’euros
Le projet représente 23,8 millions d’euros et crée dix emplois non délocalisables. Il a bénéficié de soutiens européens et nationaux. Le Port détient 10 % du capital, le reste appartenant à l’opérateur énergétique. Cette participation publique traduit une volonté de transformer la zone portuaire en espace de décarbonation.
Pour la métropole, le gaz vert produit à Bassens ne remplacera qu’une petite part de la consommation totale. L’intérêt réside surtout dans l’intégration locale : collecter, traiter, injecter et fertiliser dans un même territoire. Ce modèle pourra être comparé à d’autres solutions de compostage ou de prévention des déchets alimentaires.
Le suivi du site devra confirmer les rendements annoncés, la qualité du digestat et la maîtrise des odeurs. Riverains, collectivités et professionnels disposent ainsi d’indicateurs concrets pour juger la performance environnementale réelle. La réussite se mesurera dans la durée, lorsque la collecte, l’injection et le retour au sol fonctionneront ensemble.
Elle dépendra aussi de la capacité à réduire les erreurs de tri en amont. Plus les matières arrivent propres, moins le traitement produit de refus et plus la boucle locale conserve sa cohérence écologique et économique.

À lire aussi : Vine Pulse : le Château Fonroque ouvre son parc pour une soirée festive à Saint-Émilion




