En Gironde, les occupations de terrains sans autorisation progressent tandis que les capacités d’accueil restent insuffisantes ou mal réparties. L’État faisait état, en juin, de 226 évacuations, soit 11,33 % de plus qu’en 2024. Derrière ces interventions se dessine un dossier plus vaste : celui des places disponibles, des obligations des collectivités et de la diversité des besoins des familles itinérantes.

Une hausse mesurée par les évacuations
Le phénomène se lit d’abord dans les procédures engagées. Lors d’une réunion avec les maires, la préfecture de la Gironde a recensé 226 évacuations d’installations illicites, en hausse de 11,33 % par rapport à 2024. Ce chiffre traduit une multiplication des interventions administratives et judiciaires. Il ne suffit toutefois pas à décrire des situations très différentes : halte de quelques caravanes, installation prolongée ou arrivée d’un groupe nombreux.
À Arveyres, début septembre, le maire a choisi de faire déposer du fumier sur une parcelle privée régulièrement occupée. La méthode a attiré l’attention, mais elle ne règle pas la question de fond. L’absence d’une solution légale immédiatement disponible déplace souvent le problème vers une commune voisine. Elle nourrit aussi l’incompréhension des riverains, des propriétaires et des voyageurs concernés.

770 places permanentes, avec de fortes disparités
Selon l’inventaire officiel des équipements, le département dispose de 31 aires permanentes d’accueil totalisant 770 places. Douze se trouvent dans l’arrondissement de Bordeaux, dix dans celui de Libourne et six dans celui d’Arcachon. Ces aires sont destinées aux séjours temporaires de ménages itinérants. Elles ne répondent ni aux grands rassemblements saisonniers ni aux besoins de familles en voie de sédentarisation.
La métropole bordelaise annonce pour sa part huit aires d’accueil offrant plus de 230 places, trois terrains pour les grands passages et un terrain familial locatif de 24 places à Cenon et Artigues-près-Bordeaux. Ces catégories ne sont pas interchangeables. Un terrain conçu pour une halte courte ne constitue pas un habitat durable ; une aire de grand passage ne peut pas davantage accueillir toute l’année des familles installées localement.
Des obligations qui déterminent les moyens d’action
Le cadre légal repose sur le schéma départemental d’accueil et d’habitat des gens du voyage. Il fixe les équipements à réaliser par les intercommunalités. Lorsqu’une collectivité respecte ses obligations, elle peut interdire le stationnement hors des emplacements aménagés et demander au préfet une mise en demeure de quitter les lieux. Le respect du schéma conditionne donc une partie des outils d’évacuation dont disposent les maires.
À l’inverse, un déficit d’équipements entretient un cercle difficile à rompre. Les familles ne trouvent pas de place adaptée ; les communes voient apparaître des campements sur des terrains publics ou privés ; les procédures se répètent sans créer de capacité nouvelle. La question ne se limite donc pas au maintien de l’ordre. Elle concerne aussi l’aménagement du territoire, l’accès à l’eau, à l’assainissement, à l’école et aux soins.

Le nouveau schéma attendu sur les manques
Le schéma 2026-2031 doit désormais traduire les besoins en prescriptions concrètes. Bordeaux Métropole indique avoir engagé des recherches foncières pour réaliser les équipements prévus. Le défi sera de sortir d’une réponse uniquement ponctuelle. Créer des places ne signifie pas seulement ouvrir un terrain : il faut choisir un site accessible, assurer sa gestion, organiser la rotation et maintenir le dialogue avec les communes comme avec les occupants.
La hausse des stationnements sans autorisation révèle ainsi une tension collective plus qu’une série de cas isolés. Sans capacités suffisantes et adaptées, les évacuations peuvent libérer une parcelle sans résoudre le besoin de stationnement. La réussite du prochain schéma se mesurera donc moins au nombre de procédures qu’à la possibilité, pour chaque type de passage ou d’ancrage, de trouver une réponse légale, disponible et clairement identifiée.
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