Dans le Jardin public, l’hôtel de Lisleferme semble avoir toujours été destiné aux sciences naturelles. Il fut pourtant construit en 1781 pour un avocat, poète et ami des arts. Acquis par la Ville au XIXe siècle, profondément adapté pour recevoir les collections, il ne conserve de la demeure d’origine que quelques éléments majeurs. Son salon ovale Louis XVI constitue le lien le plus raffiné entre maison privée et musée contemporain.

La maison d’un avocat amoureux des arts
Pierre-Romain Nicolas de Lisleferme, seigneur du Bosc, appartient à une famille protestante originaire de La Rochelle. Avocat au Parlement, jurisconsulte et poète, il préside également l’Académie de Bordeaux. Il commande sa demeure à Richard-François Bonfin, architecte de la Ville. Le chantier achevé en 1781 installe une résidence savante au bord du Jardin public.
La maison participe à l’élégant paysage de la place Bardineau. Elle s’organise pour la vie domestique et la réception, mais son destin bascule lorsque la municipalité l’achète en 1857. Le cabinet d’histoire naturelle, créé quelques décennies plus tôt, cherche alors un bâtiment capable d’accueillir des collections en croissance constante.
Transformer un hôtel particulier en musée
L’architecte municipal Charles Burguet modifie profondément l’édifice afin d’y installer vitrines, salles et circulations. Le transfert des collections s’achève en 1862 sous la direction du docteur Souverbie. La fonction muséale remplace alors durablement l’organisation de la demeure, au prix de la disparition de nombreux aménagements d’origine.
La rampe en fer forgé de l’escalier et le salon ovale Louis XVI comptent parmi les principaux vestiges conservés. Ce contraste est précieux : il rappelle qu’une reconversion patrimoniale du XIXe siècle n’obéissait pas aux mêmes exigences de conservation qu’aujourd’hui. Le musée lui-même est devenu une couche historique protégée, avec ses transformations successives et ses usages scientifiques.

Collections naturalistes et mémoire des donateurs
Les fonds du Muséum se sont constitués grâce à des achats, des collectes et des dons. Parmi eux figurent des objets venus de cabinets de curiosités bordelais, notamment celui de la famille Journu. L’hôtel de Lisleferme rassemble donc des fragments d’autres demeures et d’autres voyages, devenus outils d’étude et de médiation.
Après de longues campagnes de rénovation, l’établissement a rouvert sous le nom de Muséum de Bordeaux – sciences et nature. Le site officiel du Muséum détaille les horaires, tarifs et conditions d’accès. Sa page sur l’histoire des collections naturalistes bordelaises permet de prolonger la visite au-delà des animaux exposés.
Une étape idéale au cœur du Jardin public
L’entrée se trouve place Bardineau, sur le côté du Jardin public. Avant de pénétrer dans le musée, il faut regarder la façade et comprendre que les espaces scientifiques occupent une ancienne maison. Cette lecture change la perception des salles : derrière chaque dispositif contemporain subsiste la contrainte d’un volume historique.
La visite peut se poursuivre dans le jardin, vers le bâtiment de l’ancienne Orangerie et les hôtels voisins. Familles, scolaires et amateurs d’architecture y trouvent des approches différentes. Les collections attirent naturellement le regard, mais le salon ovale et la rampe d’escalier méritent une attention particulière pour mesurer ce qui a survécu à la transformation.
L’hôtel de Lisleferme raconte ainsi deux siècles de muséographie autant que le XVIIIe siècle bordelais. Sa force réside dans cette rencontre entre demeure, collection et parc public. Là où une maison privée organisait le savoir et la sociabilité d’un érudit, un musée municipal partage aujourd’hui les sciences naturelles avec tous les publics.

Le Jardin public joue un rôle essentiel dans cette réussite. Il offre une transition douce entre promenade, architecture et découverte scientifique. Les visiteurs peuvent sortir d’une salle consacrée aux espèces, retrouver les arbres et observer la biodiversité urbaine. Cette continuité entre collections et plein air donne au Muséum une situation privilégiée au cœur de Bordeaux.
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