Sur le littoral girondin, le mégafeu n’a pas seulement détruit des forêts, des logements et des entreprises. Il a également écourté la saison de nombreux travailleurs employés dans les campings, commerces, hôtels et restaurants. Entre contrats interrompus, logements évacués et revenus perdus, les saisonniers figurent parmi les victimes économiques les plus fragiles de cet été bouleversé par les incendies.

Une saison interrompue au moment le plus important
Le tourisme représente environ 7 % du produit intérieur brut de la Gironde et mobilise près de 50 000 emplois en période normale. Sur la côte, juillet et août concentrent une grande partie des revenus annuels des établissements et des salariés. L’incendie de 42 000 hectares entre Saumos et Le Porge a brutalement cassé cette dynamique.
À Lacanau, l’évacuation temporaire de 4 000 vacanciers a réduit l’activité des commerces et modifié les plannings. Ailleurs, des campings ont fermé ou limité leur fonctionnement. Certains saisonniers ont perdu simultanément leur travail et leur hébergement, lorsque celui-ci était fourni ou installé dans une zone évacuée.
Un CDD saisonnier ne disparaît pas avec la fermeture
La confusion a parfois conduit des salariés à accepter trop vite une rupture anticipée. Pourtant, un incendie, une évacuation ou un arrêt temporaire de l’activité ne met pas automatiquement fin au contrat. Le CDD saisonnier continue juridiquement d’exister, même lorsque son exécution est suspendue pendant une période impossible à travailler.
Une rupture avant le terme prévu reste encadrée et ne doit pas être présentée comme une simple formalité. Signer un accord sans comprendre ses effets peut priver le salarié de rémunérations attendues ou compliquer ses démarches ultérieures. En cas de doute, les travailleurs peuvent joindre le service de renseignements en droit du travail de la Gironde au 08 06 00 01 26 ou au 05 47 47 47 47.

À Lacanau, des ruptures contestées par des employés
Dans une grande surface de la commune, 23 saisonniers sur 74 auraient acté la fin anticipée de leur contrat après l’incendie. Plusieurs pensaient signer un document équivalent à un licenciement, avant de comprendre qu’il s’agissait d’une rupture présentée comme conclue d’un commun accord.
Une salariée ayant refusé de signer a finalement conservé son emploi, mais décrit des horaires et des affectations devenus plus difficiles. Ces témoignages illustrent la vulnérabilité de jeunes travailleurs souvent peu familiers du droit du travail, dans une période où l’urgence matérielle et la peur de perdre tout revenu compliquent les décisions.
L’activité partielle devait préserver les contrats
Pour éviter les ruptures, l’État a ouvert un dispositif exceptionnel aux petites et moyennes entreprises implantées dans les communes évacuées ou confinées. Jusqu’à la fin du mois d’août, les indemnités d’activité partielle versées aux salariés peuvent être intégralement remboursées aux employeurs concernés.
La page de la DREETS Nouvelle-Aquitaine détaille la procédure d’activité partielle et les contacts utiles en Gironde. Le décret du 14 août publié sur Légifrance précise les entreprises, les communes et les périodes couvertes par l’aide exceptionnelle.

Des conséquences qui dépasseront la fin de l’été
Pour les étudiants, quelques semaines de salaire manquantes peuvent fragiliser le paiement du loyer ou le financement de l’année universitaire. Pour les saisonniers réguliers, une durée de contrat réduite peut aussi compliquer l’ouverture de droits au chômage, déjà soumise à des conditions de durée d’activité.
La reprise touristique ne réparera donc pas immédiatement les pertes. Les aides aux entreprises protègent une partie des emplois, mais elles supposent que les employeurs effectuent les démarches et maintiennent les contrats. L’information des salariés reste essentielle pour que l’urgence économique ne transforme pas l’incendie en précarité durable.
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