ActuNews

Vignoble bordelais : les vignes manquent d’azote et de fer

Le constat inquiète dans le vignoble bordelais. Les analyses réalisées dans plusieurs propriétés révèlent des réserves d’azote en baisse et des niveaux de fer insuffisants, parfois sans symptôme visible sur les feuilles. Présentés le 9 juillet à Saint-Germain-du-Puch par l’ingénieure agronome et œnologue Delphine Gonfrier, ces résultats surviennent alors que les rendements moyens sont passés sous les 40 hectolitres par hectare depuis 2021.

Des rendements durablement sous les 40 hectolitres

Le problème nutritionnel s’inscrit dans un contexte déjà difficile. Dans les différentes appellations bordelaises, les rendements moyens sont désormais inférieurs à 40 hectolitres par hectare. La baisse touche particulièrement Pomerol, où la moyenne atteindrait à peine 30 hectolitres. Ces chiffres ne s’expliquent pas par un seul facteur, mais ils montrent combien l’équilibre de la vigne s’est fragilisé.

La chaleur ajoute une pression supplémentaire. L’année observée a été présentée comme la plus chaude jamais enregistrée par l’entreprise TerraMéa. Lorsque les températures s’élèvent durablement et que l’eau devient moins disponible, la plante modifie son fonctionnement. Elle peut limiter sa croissance, réduire la taille des baies et puiser davantage dans des réserves déjà faibles.

Dans ce contexte, le recul des rendements à Bordeaux ne peut pas être attribué uniquement aux carences. Les épisodes climatiques, les maladies, le type de sol, l’âge des parcelles et les pratiques culturales se combinent. Mais le manque de nutriments peut amplifier les difficultés et empêcher la vigne de repartir correctement au printemps.

Dans plusieurs appellations bordelaises, les rendements moyens sont passés sous les quarante hectolitres par hectare depuis l’année 2021 – Crédit :

L’azote, indispensable dès le début du cycle

Les analyses montrent que les ceps stockent de moins en moins d’azote dans leurs bois à l’automne. Au printemps, les mesures réalisées dans les pétioles apparaissent également trop basses. Or la vigne dépend de ces réserves pour démarrer son cycle, développer ses rameaux et préparer la floraison.

L’azote dans les vignes bordelaises intervient à plusieurs étapes : croissance végétative, développement des baies, initiation florale, allongement des rafles et composition des moûts. Une alimentation insuffisante peut donc produire des effets en cascade, de la sortie des premières feuilles jusqu’aux vendanges et au travail en cave.

Les viticulteurs bordelais restent traditionnellement prudents avec les apports. Un excès d’azote peut favoriser une végétation trop abondante et nuire à la concentration recherchée dans les raisins. Cette prudence agronomique aurait toutefois conduit certaines propriétés à des niveaux plus faibles que dans d’autres régions. La réponse ne peut pas être uniforme : chaque parcelle possède son sol, son historique et son équilibre.

L’azote accompagne la croissance des rameaux, le développement des baies, la floraison et la composition finale des moûts bordelais – Crédit :

Le fer peut manquer sans symptôme évident

Le second signal concerne le fer. Les valeurs mesurées sont basses, alors même que les feuilles ne montrent pas toujours de chlorose visible. Cette absence de symptôme spectaculaire ne signifie pas que la plante fonctionne normalement. Des niveaux insuffisants peuvent provoquer des dysfonctionnements plus discrets et limiter certains mécanismes essentiels.

Les carences en fer dans le vignoble bordelais pourraient être corrigées par des applications foliaires à plusieurs moments du cycle : dès quatre ou cinq feuilles étalées, après la fermeture de la grappe et après les vendanges. L’objectif est de rendre rapidement le nutriment disponible sans attendre qu’une carence sévère s’installe.

Avant toute intervention, le diagnostic reste déterminant. Analyses de pétioles, observation des bois et suivi parcellaire permettent d’éviter les recettes générales. L’Institut français de la vigne et du vin met à disposition des ressources techniques sur la nutrition, les sols et l’adaptation du vignoble aux nouvelles contraintes climatiques.

Une teneur en fer trop basse peut perturber le fonctionnement de la vigne avant même l’apparition de symptômes visibles sur les feuilles – Crédit :

Un enjeu agronomique et économique pour Bordeaux

Ces déficits arrivent à un moment où la filière doit déjà composer avec la baisse de la consommation, les arrachages et des trésoreries sous tension. Une diminution régulière des rendements réduit le volume commercialisable, tandis que des corrections nutritionnelles représentent un coût supplémentaire. L’enjeu consiste donc à intervenir avec précision plutôt qu’à multiplier les apports sans diagnostic.

Le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux rassemble les informations générales sur le vignoble et ses appellations. Sur le terrain, la priorité sera de comprendre pourquoi les réserves diminuent et comment les reconstituer durablement. Le manque d’azote et de fer à Bordeaux n’est pas seulement un problème de fertilisation : il révèle la difficulté croissante à maintenir des vignes équilibrées sous un climat plus chaud et avec des objectifs qualitatifs exigeants.

À lire aussi : Bordeaux : un tribute de U2 arrive à l’Arkéa Arena pour célébrer les 40 ans de l’album « War »

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page